Il y a un livre sur la compulsion qui est sorti, je ne sais pas si vous en avez entendu parler, le titre c'est
Rien à me mettre.
Je ne l'ai pas lu, je ne sais pas si je vais le lire, mais ça m'a fait penser à quelque chose. D'abord qu'il y avait déjà eu un bouquin équivalent qui était sorti y a une toute petite dizaine d'années, mais aussi, à lire les deux ou trois trucs écrits à propos de ce bouquin, des choses que j'ai d'ailleurs trouvées plus ou moins pertinentes, je ne sais pas vraiment pourquoi, mais comme ça d'un coup, j'ai comme été contente d'avoir été compulsive.
Je crois que je suis aussi contente de ça. D'abord, parce que ça m'a forcée à regarder les choses en face, à être lucide et à définir la "sémantique"
(c'est à dire les significations) que je mettais dans le vêtement (
et donc de mieux comprendre le rapport à l'image). Le sens, la valeur. Un vêtement n'est pas juste un vêtement qui me protège du vent et du froid et qui cache ma pudeur. Non ça va bien au-delà, sinon, excès il n'y aurait pas.
Je mets systématiquement en avant le fait que "je suis pauvre", pour vous expliquer mes ralentissements d'achats, ce qui n'est qu'en partie vrai. De toutes façons, tu peux toujours te démerder, quand t'as trop envie, t'as trop envie et tu y arrives. Non en fait ce n'est pas qu'une question de moyens,c'est surtout que je ne souhaite plus y mettre autant d'argent.
Quand je parle de sémantique, c'est vraiment au sens de "valeur, sens". Je m'explique. Un vêtement est un vêtement. La définition d'un pantalon par exemple c'est un vêtement qui va de la ceinture jusqu'aux chevilles et qui enveloppe séparément chaque jambe. C'est ça un pantalon. Mais un pantalon ça n'est pas que ça.
Prenons un pantalon Proenza Schouler, collection été 2012. Certes c'est un pantalon, mais pas seulement. Ce froc
(on peut encore dire froc en 2012?) envoie des signaux sociaux aux gens. Des signaux du type "j'ai ce pantalon Proenza Schouler parce que je l'aime bien, parce qu'il est nouveau et aussi parce que je peux me le payer."
Je suis plutôt snob. Quand j'achetais beaucoup de vêtements, j'allais naturellement vers des vêtements chers, des vêtements que "castement" (
je ne suis pas issue d'un milieu où on pense que l'on peut s'acheter un pantalon Proenza Schouler. C'est, là d'où je viens, un fantasme autant qu'une absurdité), je n'aurais pas pu, dû me payer. Pourtant, j'avais une attraction très importante pour les signes ostentatoires de richesse
(aussi parce que vous pouvez l'imaginer, je trouvais les fantasmes absurdes des plus attractifs).
L'idée du vêtement cher, n'était donc pas qu'une question de très beau ou de très confortable de soi à soi. Certes, il existe certaines marques (
citons Margiela par exemple), qui se refusent à tout signe d'ostentation, mais ça n'est pas le plus courant. Là où l'on vit, il faut montrer qu'on peut s'acheter du Dior. Chez Margiela, on trouve ça vulgaire l'ostentation et le client type n'est pas une fille qui a envie de porter ce que tout le monde porte (
il y a très peu de pièces dans chaque boutique, c'est une volonté de la marque, une confidentialité un peu snob je vous l'accorde. J'aime bien. Je suis une conasse.).
Alors pourquoi vulgaire?
Je me suis aussi interrogée sur ce que je cherchais à prouver en achetant tous ces vêtements de marque.
J'ai d'abord remarqué que le rapport qui existe entre mon vêtement de marque et l'autre, est un regard "genré", c'est à dire qui s'adresse essentiellement à un genre. Le genre féminin. Je n'achetais pas du cher pour impressionner un amoureux. Qui s'en fout clairement.
Les enjeux qui existent entre l'autre et moi sont féminins. Seules quelques femmes savaient que mes chaussures étaient des Jacobs ou des Prada. Les hommes s'en fichent de ça. Montrer à ma semblable que mes pompes sont de telle marque était une manière de hiérarchiser, dans une certaine mesure, nos interactions. Ou tout du moins, à ne pas me sentir "moins bien" qu'elle. Un rapport de cours d'école en quelque sorte, oui, exactement.
Sinon pourquoi en même temps? Je ne peux pas nier qu'il existe une envie liée au beau et aux belles choses dans les dérives qui étaient les miennes, mais il y avait également une volonté de mettre en place un certain type de relation à l'autre, une manière un peu grossière de me donner, au sens strict du terme, une valeur. Une beauté. Une grâce. Une modernité. Une capacité d'achat. Une appartenance au monde. Une appartenance à un monde qui n'était théoriquement pas le mien.
Ca n'est qu'une explication, encore une fois, mais je crois que ça se tient. Regardez comme certains blogs rendent envieux, comme la consommation ostentatoire, si peu qu'on se penche dessus, pose problème. Elle pose un problème de jalousie, mais la question se pose tout de même, pourquoi me montres-tu ce que tu peux t'acheter? Et pourquoi viens-je voir ce que tu peux t'acheter et que moi je ne peux pas?
(À l'ère des blogs, le phénomène est de plus en plus vaste évidemment).
C'est un problème de caste, un problème de positionnement. Je m'achetais des pompes de marque pour me prouver et pour prouver aux autres que je pouvais, moi, me les acheter.
Des tas d'autres choses se mêlent à ça évidemment. Féminité et image qui ont du mal à se détacher pour évoluer indépendamment l'une de l'autre, construction de l'identité féminine sous le prisme du marketing pour ne citer qu'eux.
C'est une des raisons pour lesquelles j'ai de plus en plus de difficultés à céder à mes pulsions, parce que tout simplement, j'essaie de comprendre, même dans les choses les moins glorieuses. Comprendre c'est toujours mieux que de céder n'importe comment, non? Il ne s'agit pas de vouloir être un moine bouddhiste... Quoique, je ne suis pas sûre que cela ne soit pas, finalement, une envie "séduisante".
J'aimerais avoir votre avis sur la question de la consommation ostentatoire et l'autre, c'est aussi vrai pour vous?
PS: Je sais on devait parler luxe et consommation de manière moins "nombriliste" mais j'ai manqué de temps, ce n'est donc que partie remise.
PS2: Je sais on parle beaucoup de tout ça en ce moment, mais y a à dire, y a à se décomplexer et l'idée de ne plus réfléchir à ça, de prendre cela avec plus de "légèreté" ne me dit pas vraiment. Il y a finalement, déjà suffisamment de légèreté sur la question..
Et pis bon week end aussi bordel. Love les copains.