LOW PROFILE ?

julie-delpy-helmut-newton

Julie Delpy / Helmut Newton 



(La mort de Mac Miller m'a tellement brisé le coeur ...)


- Billet écrit d'une traite, sans surmoi et sans relecture -

Bonjour à toutes et tous.

Avant de repartir autour de la thématique de la motivation, je voulais vous faire part d'une petite réflexion que j'avais eue.

L'autre jour je réfléchissais et je me disais, « tiens c'est marrant, les qualités et défauts des gens, ne sont finalement que des points de vue. Qu'est-ce qui est vraiment une qualité ? Qu'est-ce qui est véritablement un défaut ? »

Alors je listais ce que je considérais comme mes pires défauts et j'essayais de leur trouver des avantages.

J'ai pris mes trois pires défauts et j'ai essayé de les regarder par le prisme de l'avantage :

- La colère (ouais je suis pas sûre que dans ce blog cela se voit, mais je suis très colérique) : elle présente l'avantage non négligeable de se protéger soi-même de situations qu'on pense hostiles.

- La peur (ouais j'ai tout le temps la trouille d'à peu près tout, ça serait même intéressant d'en parler parce que sur ce coup là, c'était pas super facile de trouver des "avantages") : Je me mets rarement en danger ... Mais ... ouais y a trop de "mais" je ne vais pas commencer à les lister !

- L'égocentrisme (je t'apprends rien il me semble) : Une connaissance fine de mes émotions qui me permet d'en parler avec les autres et d'y voir des points communs (donc d'une certaine manière une rencontre avec l'autre).

Donc toute fiérote de ma trouvaille ( lol ) je me suis dit que ce qui marchait dans un sens marchait alors aussi dans l'autre.
Si ce n'est qu'une question de point de vue, c'est la même chose pour les qualités, elles ne sont pas "en soi" des avantages pour l'individu.

Laissez moi vous parler d'une des « qualités »  qui me suit depuis des décennies et qui joue sur ma vie en l'influant d'une manière tout à fait particulière et considérable (je pense même que c'est ce qui l'influe le plus) : mon profil bas ou ... mon humilité dirons nous !

Alors on peut se dire qu'égocentrisme et humilité c'est un mélange étrange mais si l'être humain était cohérent ça se saurait.

Ca fait des décennies que, dans mon quotidien,  je JOUE PROFIL BAS.

Je minimise absolument tout ce que je fais (encore faut-il que j'en parle d'ailleurs), allant jusqu'à m'excuser d'être comme ci ou comme ça. Tout ce que je fais à mes yeux, quand j'en parle aux autres "ne vaut pas grand chose". Ou si je réussis telle ou telle chose c'est que dans le fond, cette chose n'était rien.

Ca, ça a des conséquences concrètes sur mon quotidien.
Je parle peu de moi en société (ouais ça ressemble à une vanne dit comme ça vu que j'y passe une bonne partie de mon temps sur le blog à le faire, voire à me répandre sur la question.. ), je trouve toujours que les autres c'est mieux, que ce que j'ai à dire et que ce que j'ai fait est sans importance ...
Tout est bon pour ne pas me prendre au sérieux (d'où mes vannes permanentes et mon incapacité à vivre, parfois, la vie au premier degré ... Or, je suis sûre que ça peut aider de se prendre parfois au sérieux, ça permet au moins de faire les choses avec sérieux )

Je ne le fais même plus dans un souci de modestie, c'est tellement en moi que c'est devenu de l'ordre du réflexe. Et vous vous doutez bien que ça a des conséquences directes sur mon quotidien !

Dans la réussite notamment. Professionnellement parlant (et financièrement) je suis une handicapée. Je ne sais pas faire.
Ben ouais si tout ce qui oriente votre existence c'est de minimiser ce que vous faites, ça pose invariablement problème ...

A l'âge de 18 ans, ma mamie me dit un jour «  Marie, tu ne sais pas te vendre, c'est l'un de tes plus gros problèmes ».
Me vendre ? Quelle drôle d'idée. Et puis c'est vulgaire ... Elle me l'a répété toute ma vingtaine, « Je ne sais pas me vendre » ...
Et puis les autres s'y sont mis aussi. « C'est super ton blog ? Mais t'en retires quoi ? Tu fais pas de pub ? C'est dommage, je suis sûre que tu pourrais vivre de ta passion ....»

Qu'est-ce qu'ils avaient tous ?

Mais putain je te jure j'y arrivais pas ... J'assumais pas ... Est-ce que j'étais ambitieuse ? Est-ce que véritablement je voulais réussir « Ma vie » ? Faire ce qui comptait pour moi, assumer ce que je produisais ? En vivre ?


C'est encore une question sensible pour moi. C'est une lutte constante. Donc oui, la modestie c'est en soi une bonne chose, mais je te jure,  chez moi elle est tellement chronique qu'elle m'empêche de vivre sereinement mes ambitions.

Oui parce que c'est bien toute la complexité de la chose je suis TRÈS AMBITIEUSE. Je l'ai découvert en reprenant mes études.

Mon ambition avait été cachée derrière mon low profile et mes excuses d'être celle que je suis du coup je ne la connaissais pas ... Mais la fac m'a montré à quel point réussir était important pour moi et à quel point c'était un moteur dans mon existence.
Pourtant j'aurais dû me douter, il m'arrivait d'être envieuse (ouais c'est l'un des pires défauts) de la réussite de certaines et certains parce que j'avais le sentiment qu'ils vivaient la vie qu'au fond de moi je voulais vivre. Mais l'envie c'est pas l'un de mes défauts originaux, il est né sur un terrain de frustrations, de désirs non assumés et d'excuses tristes. Et rien que ça c'était l'indice que quelque chose ne tournait pas rond.

Alors ces questions sont encore en work in progress mais j'avais envie de vous en parler ...

Ah oui, j'oubliais, je ne suis pas dupe, derrière cela ne se cache qu'une seule chose  : La peur de réussir ... Ben bien sûr qu'on peut avoir peur de réaliser ce qui compte pour nous si cette réalisation menace ce qu'on croit être notre équilibre.

Je vous embrasse à très vite !

LA MOTIVATION : Généralités et introduction

nike-find-your-greatness






C'est la rentrée. Alors comme à chaque rentrée, c'est la même rengaine du renouveau et du "moment parfait pour enfin devenir une meilleure version de soi-même" et plus cet être imparfait qui baisse les bras à la moindre micro contrariété ou difficulté.

Comme chacun semble intéressé par le "bien-être" et la "réalisation de soi" de ses congénères, tout le monde y va de sa petite phrase stimulante, boostante, énergique, bref un discours qui ne vise qu'à aiguiser un truc.
Ce truc qualifié d'essentiel pour aller au bout des choses - remplacez choses par "rêves", "ambitions", "projets" ou tout ce que vous voulez - j'ai nommé LA MOTIVATION.

Ca fait 1000 ans que je dois vous parler de la motivation, sujet sur lequel je me suis particulièrement penchée durant l'écriture de mon mémoire de  M1. La motivation en était la grande star, du genre Nicole Kidman chez Baz Luhrmann, ce qui m'a permis d'apprendre plein de choses intéressantes que j'avais envie de partager avec vous.

C'est assez difficile de parler de motivation en 2018 tant le sujet est partout mais surtout tant il est simplifié voire essentialisé : le comportement motivé est bon pour l'individu et le comportement a-motivé est mauvais pour lui.

Lire des choses sur la motivation, écouter des podcasts aussi bienveillants soient-ils, regarder des vidéos, aboutit, en tous cas pour moi, dans un premier temps à la renaissance d'une énergie folle dans laquelle je suis super motivée, où j'ai envie de casser des culs (au sens figuré) et dévorer le monde - rapport que le monde dans lequel on vit nous suggère que "dévorer le monde" est l'ambition ultime -.
Puis la seconde phase, de manière quasi systématique, pointe le bout de son nez relou ... La seconde phase est celle de la culpabilité naissante après avoir pris conscience de l'inefficacité pragmatique de nos bonnes intentions pourtant profondes.

« Je comprends pas, qu'est-ce qui s'est encore passé ? J'étais tellement motivée, à fond, sûre que cette fois c'était la bonne, que j'allais me mettre enfin à courir plus que deux semaines (ou manger bien, ou tous les trucs qui vous posent question).  Je savais pourquoi je le faisais, je me suis abonnée à des comptes instagram pour me stimuler où les meufs sont bonnes comme c'est pas permis, mais dans lesquels elles arrêtent pas de dire qu'elles sont complexées - comme moi - mais que quand même "no pain, non gain" ... mais attention il faut être exigeant avec soi mais en douceur, faut pas se brutaliser . Malgré tout ça, ça n'a pas pris. Merde pourquoi après les deux premiers mois d'acharnement je fais plus rien, je sais que c'est pas qu'une question de temps disponible, y'en a même qui disent, des coachs que c'est pas le temps ne manque pas, le temps on le met où on veut, dans ce qui compte... Je le crois, mais alors pourquoi je ne réussis pas à maintenir un comportement que je sais être bon pour moi et à l'intégrer dans ma routine »

Vous voyez ce que je veux dire ? 

Il est, je pense, important, de comprendre ce qu'est la motivation, ses véritables ressorts, ses origines, son "essence" afin de mieux en saisir son fonctionnement. 

Avant de commencer, petit disclaimer, les choses dont je vous vous parler sont basées sur des travaux essentiellement de psychologie et ne sont pas, comme souvent en ce qui concerne l'humain, des vérités universelles dans lesquelles vous rentrerez forcément. 
Les choses sont plus subtiles, pour autant, elles peuvent être des pistes intéressantes dans votre parcours de réflexion. Je rajouterai aussi que n'écoutez pas trop les discours simplifiés, ce n'est pas qu'ils ne marchent pas ou ne disent que des absurdités, mais il simplifient quelque chose de plus nuancé et c'est souvent dans les nuances qu'on trouve les explications de nos comportements. De toutes façons, je ne pense pas avoir besoin d'insister pour que vous le compreniez, vous l'avez déjà, probablement, vécu dans votre chair : "Non quand on veut on ne peut pas toujours". 
Et on met du temps à le comprendre parce que l'on croit longtemps que le seul qui ne réussit pas à maintenir des comportements motivés, c'est nous. Comme si les autres, eux, réussissaient et allaient au bout de tous leurs projets. 

C'est donc autour de ces questions que j'avais envie de discuter. Ces billets resteront des "billets d'humeur" c'est pas une thèse, c'est sans prétention aucune sauf celle de creuser un peu plus ce qu'on nous décrit être des évidences et de vous amener à devenir un peu plus, je l'espère,  réflexif et spécialiste de vous-même (en tous cas plus spécialiste qu'une niaiserie lue sur Facebook). 


Alors je savais pas trop comment aborder cela sans que cela soit un peu relou et pompeux, et puis ce matin une illumination, comment mieux parler, ici, de la motivation et de l'a-motivation qu'en vous parlant de mon parcours de blogueuse. 


Etat des lieux : mon blog existe depuis 12 ans. En ce début d'été, comme à peu près depuis 4 ans, j'ai encore dit que j'allais être plus présente sur mon blog. Ecrire plus de billets, répondre bien à mes commentaires, me mettre enfin à une utilisation régulière des réseaux sociaux etc. Tous ces trucs qui font qu'on est une blogueuse légitime et qui peut prétendre à avoir du succès (oui c'est important pour moi même si je m'en défends depuis 10 ans mais je vais en reparler dans les prochains billets autour de la motivation). 

Quand je dis que je vais reprendre "sérieusement" mon blog, à chaque fois que je le dis, je suis sincère. A chaque fois. Mais à chaque fois aussi, ça ne marche pas, très vite, vraiment très vite, je disparais de nouveau et n'écris plus. On pourrait se dire, simplement que je ne veux plus le faire. Pas la peine de chercher midi à 14 h. C'est une possibilité, mais c'est pas la seule, ça mérite de creuser un peu plus... 

Pourquoi alors que je suis vraiment motivée à reprendre possession d'un espace que j'ai créé il y'a longtemps, que j'ai des raisons profondes de le faire, je ne fais pas ce que je dis ? Ce que je vous dis et ce que je me dis. Pire ce que je m'engage à faire. Oui parce que la caractère solennel de la démarche, le côté "grandes pompes" est un engagement. 

Je m'engage depuis des années à reprendre sérieusement et régulièrement mon blog. Mais après les soubresauts des débuts, j'abandonne. Et j'abandonne de plus en plus vite. Et je me déçois un peu plus  chaque fois (et probablement que je vous déçois ou vous ai déçu vous aussi). 

Maintenant que l'état des lieux est fait, il faut commencer à comprendre ... 

Pourquoi ? Est-ce un problème de motivation ? Est-ce autre chose ? La motivation peut-elle s'envoler si vite ? Est-ce révélateur de quelque chose  ? Est-ce parce que je veux arrêter depuis longtemps le blog mais ai du mal à m'y résoudre et mon a-motivation est juste l'indicateur que tout cela c'est fini ?Etc. 

Alors dans mon cas c'est le blog mais dans le votre ça peut être autre chose : le sport, les projets, la bouffe, vos relations, la travail, l'écriture d'un livre etc. Et ça peut être intéressant de mener ensemble cette réflexion ... Bon moi c'est une réflexion méta, c'est à dire auto-référencé, utiliser le sujet blog sur le blog, mais ça vaut pareil pour tout le reste. 


Je vous propose alors, dans les billets suivants, d'approfondir ces question pour trouver l'origine de ma non-persévérance en utilisant des théories et des concepts qui vont nous  permettre de comprendre  le problème. 
Pourquoi je ne réussis pas à maintenir des comportements motivés alors même que je sens en moi une vraie envie de les maintenir ? 

Je reviens très très vite pour la deuxième partie de ce travail autour de la motivation. 

Bonne rentrée à tous. 

EDIT 2018 : L'ANGOISSE DU "POWER IS IN YOUR HAND" (19/05/2015)

8 stephen shore

Photo tellement cool de Stephen Shore




EDIT : 

Tout l'été, je mets en avant d'anciens billets qui me plaisent ( en les modifiant éventuellement ).



Vous allez me dire que je suis monomaniaque de la question et je ne pourrais pas vraiment vous contredire.
J'aimerais, malgré tout, savoir quels impacts ont, sur vous et votre moral, les discours crypto-optimistes-auto-volonté qu'on voit de plus en plus se développer autour de nous? (Blogs, sites, magazines...) ?

Je lis des bouquins de développement personnel depuis très très longtemps (j'en parle régulièrement) et suis plutôt sensible, a priori, aux discours enthousiasmants qu'ils véhiculent.

Le premier que j'ai lu développait l'idée selon laquelle il fallait imaginer son "super soi" ( idée et livre repris dans le très réussi film de Ken Loach, Looking for Eric) et se demandait ce que ce "super soi" ferait devant telle ou telle situation.

Il m'arrive encore de penser à ce concept d'hypertrophie méliorative de soi parce que ça permet de voir les choses sous un autre angle et que ça peut booster et mettre une dose de pragmatisme dans ces moments où on a un peu tendance à voir tout en noir.
Mais malgré tout, on ne peut pas nier que le système présente des limites évidentes.

Depuis quelques mois je trouve que les discours "si tu veux, tu peux", "les belles choses arrivent si on le désire vraiment" sont de plus en plus pernicieux et anxiogènes.
Et surtout je les trouve de plus en plus  "simplistes" .

Si au départ il s'agissait d'un coup de boost utile, ça bascule de plus en plus, à mon sens, dans un concept un peu cucul la praloche.

La question du libre-arbitre étant tout à fait relative et les contextes de chacun étant à prendre dans une globalité, généraliser et faire passer pour vérité empirique ce type de raisonnement ne me paraît pas être une bonne chose pour faire avancer le débat et surtout augmenter le bien-être des gens.

Européenne cynique que je suis, je ne peux pas me résoudre à penser de manière tout à fait objective et raisonnée que le modèle de pensée américain de la win est tout à fait cohérent.

Sûrement que le mental et l'envie de réussir influent sur nos comportements mais estimer qu'ils sont suffisants me parait un peu léger quand même.
Ils désengagent des paramètres plus grands que l'individu, les systèmes - la famille, l'état, la société, le groupe, les différents environnements - dont on sait qu'ils ont une influence réelle et le laisse seul et angoissé avec sa vie, sa réussite, ses moyens, son histoire... Ce qui aboutit, inévitablement à un frein important:  une immense culpabilité face à un hypothétique ou réel échec.

La mise en avant de la toute-puissance de l'individu de manière aussi simpliste, sans grille de lecture et avec comme seuls compagnons la volonté et l'envie aboutit, dans la plupart des cas à un échec.

On pourrait comparer cela aux régimes : si ça ne marche pas ce n'est pas forcément de la faute de l'individu qui s'y ai mal pris mais c'est parce que le système est foireux en lui-même.

Un jour alors que j'étais chez Decathlon pour acheter une combinaison de plongée je me lamentais sur mon corps qui n'y rentrait pas. J'avais beau changer de taille, prendre plus grand, ça baillait à certains endroits boudinait à d'autres. Trop de ventre, pas assez de sein, cambrure excessive.
L'explication qui m'est venue dans cette cabine d'essayage pour justifier ce qui se passait c'est que  mon corps n'était pas normal : pas assez féminin dans ses courbes, trop par endroits pas assez à d'autres.
J'appelle mon ami Karim et lui raconte cette histoire.
Il m'écoute attentivement et sans jugement aucun et me sort cette phrase, "c'est marrant toutes mes potes trouvent que leur corps n'est pas assez féminin... Quand elles essaient des nouvelles sapes et que ça ne va pas, elles pensent toujours que le problème c'est leur corps, jamais les fringues. Alors que le problème c'est bien la coupe des fringues qui sont faites pour des filles irréelles et qui ne sont pas la majorité".

Sa phrase m'a immédiatement fait réfléchir... tant que je pensais que c'était mon corps qui était inadapté, je ne voyais pas que le vrai souci, c'était les fringues (mais ça vaut pour plein d'autres trucs). Qu'elles soient ou non le problème n'est pas la question, la question c'est de savoir pourquoi je pense, de manière automatique, que mon corps (ou plus généralement moi) est le problème dans ce cas.
Parce que derrière ces discours là, il y a l'idée que tout est de ma faute et même ce qui échappe à ma directe responsabilité.


Il y a des contextes favorables à l'épanouissement, à l'ambition, à la volonté, au travail et à la confiance en soi. Le nier c'est mentir et bien qu'il existe des contre-exemples on ne peut, honnêtement, les considérer comme la normalité, ils restent des exceptions.

Il ne s'agit pas de dire qu'il faut être une victime et reposer son système de pensée sur cette donnée en se disant que c'est nul la vie et que ça pue dans ses fesses rapport qu'on n'est pas née avec certaines facilités mais intégrer ces éléments permet d'aborder ces choses-là (ambition, rêve, volonté...) sous un prisme plus juste et plus singulier et nuancé.

Notre fonctionnement propre n'obéit sûrement pas à ces discours abstraits teintés de bons sentiments et à la profondeur très relative.

En ce qui me concerne, je n'analyse pas ces données de vie comme des données définitives mais comme des contraintes ou des facilités. Basiquement le principe du "points forts / points faibles".
J'envisage ma progression, mes rêves et ambition avec ma propre grille de lecture et lucidité sur ce que je suis.
Dans un premier temps, analyse des forces et des choses plus "freinantes" et dans un second temps mise en place des éléments en fonction de ce que je suis. Pas de mon idéal fantasmé ou de ce que je crois être la norme (elle n'existe pas) mais bien de la réalité du moment (ici et maintenant my fucking new mantra dont je vous ai déjà parlé).

Je ne dis évidement pas que c'est le système parfait, ça bouge, mais je souhaite vraiment sortir de cette pensée binaire et inefficace du "le vouloir pour le faire...".

C'est vrai que je décline beaucoup ces thématiques ces derniers temps mais ces choses me passionnent vraiment alors je suis locace.

Si vous avez des pistes, je serais ravie d'en savoir plus sur ce que vos expériences vous ont appris.

Bisous smack et bonne journée


EDIT 2018 : "DANS TES YEUX" (19 / 05 / 2015)

 robertFrankKISS

Photo de Robert Frank







EDIT : 

Tout l'été, je mets en avant d'anciens billets qui me plaisent ( en les modifiant éventuellement )

NDLR 2018 : 

Je peux encore, 4 ans plus tard, me voir encore dans ses yeux ...

T'avais la main dans mon cou, il faisait encore un peu jour et on roulait le long de la côte.
Les fenêtres étaient ouvertes, ça faisait du vent dans nos cheveux, les miens me gênaient, volaient devant mes yeux, l'air était chaud, tu me souriais.

Ton sourire imparfait est un éclat mon amour. Nos mains se serraient fort, on se regardait avec toute l'ardeur dont on se sentait capable, demain, on allait devoir se séparer pour quelques jours.

Devant le soleil déclinant, on se promettait des trucs avec nos yeux, peut-être qu'on faisait semblant que les choses allaient bien se passer, que rien n'allait ni s'affadir ni s'oublier. Nos rares mots avaient un goût de future consolation, on n'arrêtait pas de se dire que la suite allait être aussi bien, il n'y avait pas de raison, on s'aimait et on s'aimerait aussi en hiver.

Mais en vrai, on n'en savait rien et au fond de nous, c'est même pas sûr qu'on y croyait vraiment. Peut-être que toi tu y croyais, tu crois nettement plus en la vie à chaque seconde que je serai bien capable de le faire dans toute une vie. Tu devais y croire mais pas moi, pas ce soir là, j'avais le coeur lourd, plutôt sûre que les belles choses s'essoufflent vite, alors je regardais tes yeux, sentais tes mains, entendais ton rire comme s'ils étaient des flashs exceptionnels dans ma vie, que je devais les graver pour les moments lourds, pour les désespoirs, pour les nuits d'insomnie, pour me souvenir de la grâce, pour savoir ce que c'est de t'aimer et d'être aimé par toi.

C'est ce que je me disais, je me concentrais ce soir là parce que je devais absolument me souvenir de toi avec la plus grande précision, retenir les battements de ton coeur, les pauses que tu mets entre certains mots, tes éclats de rire, la manière dont tu me caresses la nuque, ton odeur, ton goût, ta langue, tes mots d'amour, tes gentillesses, tes profondeurs, tes silences, je ne voulais rien oublier parce que j'étais sûre mon amour que tu étais une exception et que je devais profiter de toi parce que ça ne pouvait pas durer, tu ne pouvais pas durer.

Et le long de cette côte, me semblait être la dernière fois, la dernière fois aussi intense avec toi. Est-ce que ces regards, ce soleil qui se couchait, nos mains l'une dans l'autre suffiraient à nous donner envie de se voir une autre fois?

Si je te serrais si fort la main c'est parce que j'y croyais pas mon amour, et si j'y croyais pas c'est parce que tu es une chance. T'aimer, voir tes yeux dans mon rétro, Woodkid à la radio (tu ne sais toujours pas qui est ce mec, j'en suis sûre) et te sentir à mes côtés étaient, pour moi, d'une intensité inouïe. 
En rentrant chez moi, dans la voiture silencieuse, tu as continué à me regarder, qui peut résister à ces regards-là, j'avais l'impression que si un jour tu devais arrêter de me regarder comme ça, j'allais mourir, je ne pourrais pas survivre à ça, ça serait trop dur que tu ne me regardes plus, à quoi j'allais bien pouvoir servir alors?

 Je te demandais d'arrêter, je simulais la pudeur ou la gêne, mais la vérité c'est que je ne m'étais jamais sentie autant en vie qu'à cet instant, là, dans la voiture, avec toi. Tu ne répondais rien quand je te demandais de tourner la tête ou que je singeais l'irritation en te disant "arrête", tu gardais ton sourire en biais, ralentissais tes caresses dans ma nuque pour les rendre quasiment obscènes, j'aimais cette arrogance tranquille et bienveillante que tu avais déjà avec moi. Tu savais qu'être toi était la meilleure chose que tu pouvais me faire. J'ai cédé, je t'ai laissé ma caresser le cou en silence sans me plaindre, la nuit était tombée, tu posais régulièrement un baiser sur ma main que tu avais enlevée du volant pour quelques secondes et que tu remettais vite, tu me trouvais imprudente en voiture, tu ne voulais pas être responsable d'un accident. 

J'étais bien, si tu savais comme j'étais bien, je n'avais pas peur du monde, ni de l'après, ni de tous ces trucs qui, toujours, me terrorisent, non, ta joie me protégeait, j'étais préservée avec toi, parce qu'avec toi mon amour, en regardant le monde avec tes yeux à toi, tout était beau. 

EDIT 2018 : L'ÉCOLE DE LUBECK, L'ÉGALITÉ DES CHANCES (JUIN 2015)

VANESSA JACKMAN3

Photo de Vanessa Jackman






EDIT : 

Tout l'été, je mets en avant d'anciens billets qui me plaisent ( en les modifiant éventuellement ).


NDLR 2018

Je me souviens avec précision de la fois où je suis tombée sur cet article qui abordait la question de la reproduction sociale et des coups de pouce qui ne se savent pas être des coups de pouce pour les concernées. J'avais envie d'en reparler parce que je trouve ça aussi triste que commun. Instagram - en tous cas certains comptes que je suis sur Instagram - me permet d'avoir accès à des profils relativement similaires ce qui fascine autant que  révulse la fille de prolo que je suis. Parce que c'est un sujet absolument sensible chez moi je pense y revenir en tentant d'y mettre un peu plus de nuance. 
Bonne journée à toutes et tous. 


Hier, chez la dentiste, je suis tombée sur un supplément du magazine Le Nouvel Observateur, Le cahier des tendances de l'Obs et, j'ai littéralement bloqué sur l'un des articles appelé L'école de Lübeck.  Comme je ne suis pas parisienne, je ne connaissais, ni de nom ni de loin cette école.

L'institut de l'assomption (de son vrai nom) est un établissement catholique d'enseignement du 16 ème arrondissement dont un nombre important de filles / femmes anciennes élèves comptent dans le monde de la mode, mais pas que. Vanessa Seward, Victoire de Castellane, Emmanuelle Alt, Cécilia Attias, Mathilde Favier, Camille Miceli pour ne citer qu'elles

L'objectif supposé de l'article  était d'établir une corrélation entre cette école et la réussite de ses élèves. Au vu de mon intérêt évident ( et de plus en plus croissant en 2018 ) pour l'influence des structures sur l'individu - et notamment sur leur "réussite" professionnelle - j'ai été très intéressée par ce que cet article disait. Autant gonflée et énervée que fascinée.

L'article parle des têtes bien pleines et bien faites des jeunes filles, du caractère sérieux voire exigent mais aussi rock n'roll de Lübeck ce qui l'éloignait d'autres écoles, plus austères, moins "showbiz'" mais surtout de l'enseignement qui y était dispensé et ce qu'il a pu apporter aux élèves quand ils sont devenus grands.

Les filles y sont décrites comme des beautés sur lesquelles les garçons ne pouvaient que fantasmer - à la manière d'un Virgin Suicide du riche un peu.

Dans un des groupes de garçons, on pouvait croiser  Frédéric Beigbedder peint comme un impertinent flamboyant capable de dévergonder ces lycéennes en les emmenant chez Régine ou encore en créant le Caca's club avec son ami de l'époque Ariel Wizman.

À la lecture, j'apprends 2, 3 trucs qui m'interpellent, je dois avouer que c'est même  bien romancé, et vu que que c'est à des MILLIARDS d'années de l'enfance que j'ai eue ou même de mon milieu à moi - de ma structure, de mon système -, ça me rend toute particulièrement curieuse du phénomène (curiosité qui en 2018 n'aura pas faibli).

De manière transversale, l'article aborde un sujet qui me questionne : la reproduction sociale et les conséquences professionnelles qu'il y'a à être né du bon côté du périphérique.

J'ai, certes, l'impression d'être un lapin de 3 semaines qui découvre la vie, mais observer la reproduction sociale du bon côté est une chose absolument fascinante et  qui éclaire petit à petit mon esprit.


Je suis absolument stupéfaite, à la lecture de l'article, parfois, face au pire parisianisme qui soit "Elles sont toutes ravissantes, espiègles et joyeuses, avec ce petit zeste d'impertinence qui fait la différence entre la grande bourgeoisie parisienne et celle, plus terne, du reste de la France" - La province cette grosse moche.

 Je me suis demandée s'il y'avait un peu d'humour dans cette phrase. S'il y'avait de l'humour, alors je me suis demandée dans la peau de qui Marie Vaton, l'auteure de l'article se mettait... Et je n'ai rien trouvé peut-être parce que c'était simplement Marie Vaton et sa fascination qui parlaient après tout...

Mais stupéfaite surtout par tout un tas de phrases trouvées :


- « Etre bien né ne suffit pas toujours » 

- « Victoire, l'aînée des soeurs Favier, née Castellane, qui évoluait déjà chez Chanel, dans la sphère de son oncle Gilles Dufour, l'un des proches collaborateurs de Karl Lagerfeld »

« Après leur bac, tout naturellement Gilles Dufour a pris en stage Camille Micelli. Vanessa Seward aussi a bénéficié d'un coup de pouce des soeurs Favier-Castellane pour entrer chez Chanel après son école de stylisme au studio Berçot »

« Mathilde Favier assume sans complexe l'existence d'un réseau informel tissé dans les rangs de Lübeck »

« Si nous avons bénéficié d'une certaine facilité au départ, nous avons dû, comme tout le monde, faire nos preuves pour arriver là où nous en somme aujourd'hui »

Ce petit monde se justifie et insiste sur une légitimité supposément construite sur ses propres compétences.

Ça me rappelle une interview de Léa Seydoux qui allait  dans le même sens. Elle tentait de prouver très très fort que la place qu'elle occupait ne l'était pas de manière injuste ou illégitime et que c'était elle et rien qu'elle qui l'avait créée.
(Seydoux est issue d'une famille très influente dans le cinéma : grand-père président de Pathé et grand oncle président de Gaumont ). 

Les anciennes lycéennes tout comme Léa Seydoux s'évertuent à maximiser leurs compétences et qualités et à minimiser le contexte et spécifiquement le réseau pour expliquer leur réussite. A les entendre, c'est l'unique force de leurs petits bras qui leur a permis d'être là où elles sont. Que la porte leur était grande ouverte, ça c'est comme si ça n'avait jamais existé.

Ce que dit Mathilde Favier (Directrice des relations publiques pour la France chez Dior / nièce de Gilles Dufour qui a été directeur artistique chez Chanel pendant 15 ans et chez qui elle a fait 2 stages/ Demie-soeur de Victoire de Castellane) est dans le fond très intéressant... Il faut toujours faire attention "de là" où les gens parlent (y compris moi d'ailleurs). Madame Favier parle de facilité initiale mais balaye cela très vite en expliquant avoir dû "comme tout le monde" faire ses preuves.
Tout le monde ne doit pas faire ses preuves, beaucoup n'ont strictement pas l'occasion de faire leurs preuves et dire le contraire est à la limite de l'indécence.

Vous savez que je suis très séduite par la philosophie de Spinoza (ouais le lundi matin je suis déjà bien chaude), et notamment par son propos autour de la notion de "volonté", qu'il considère comme un concept non pertinent.
Sa réflexion va à l'encontre de la croyance au libre-arbitre, croyance basée sur une méconnaissance, ou dans le cas de l'article, sur un reniement assumé des causes qui  déterminent notre place au monde. 
S'intéresser aux causes, aux structures déterminant cela est fondamental pour comprendre les processus menant un individu là où il est mais aussi là où il ne bouge pas.


Que les amis de vos parents vous aident à faire des stages ou à travailler, c'est plutôt normal, c'est ce que font les amis entre eux.Si mon ami me demandait de filer un coup de main à son fils, je ne vois pas de raison de ne pas le faire, je l'aime c'est mon ami alors j'ai envie de l'aider lui et son enfant.
En revanche que ce même fils, a postériori, néglige l'importance de ce coup de main sur sa carrière (si c'est le cas) serait au mieux de la mauvaise foi et au pire de l'ingratitude.
Et ce même s'il aura, entre temps, acquis les compétences nécessaires. Pour faire correctement son travail,  il aura eu accès aux meilleures écoles, aux meilleures opportunités de travail et aux meilleurs modèles environnants,  alors il n'y aura rien d'exceptionnel à ce qu'il en soit arrivé là. Qu'il n'oublie pas que ça n'a rien, dans ce sens, d'exceptionnel.

Mais la question à se poser est, que se passe-t-il pour un enfant tout aussi brillant dont les parents n'ont pas les amis qui "comptent" pour avoir accès à cela ?
Quelles sont ses chances à lui ?


Si Mathilde Favier parle d'elle " comme tout le monde qui a dû faire ses preuves pour en arriver là où elle en est aujourd'hui " c'est probablement parce que pour elle c'est probablement vrai .
Penser le contraire lui serait insupportable - et on peut la comprendre qui a envie de voir sa carrière réduite à un vulgaire piston plutôt qu'au mérite ou aux capacités intrinsèques  -.

Je trouve toutes ces questions très intéressantes en tous cas.


Allez bisous et bon début de semaine 

EDIT 2018 : « Leçons de joie avec Columbo » ( 12 / 07 / 2016 )

IMG_2566


EDIT : 

Tout l'été, je mets en avant d'anciens billets qui me plaisent ( en les modifiant éventuellement ).


Si vous lisez le blog depuis longtemps, vous savez que j'entretiens une relation tout particulière avec le Lieutenant Columbo.

Ouais ce flic de la télé mal coiffé, mal fagoté, l'air un peu nigaud mais qui, au bout du compte, coince toujours le meurtrier riche et / ou célèbre.

J'aime Columbo très fort, d'abord parce que ça me fait penser à ma grand-mère (on les regardait ensemble quand les épisodes passaient sur TF1 et c'était des moments vraiment chouettes) et aussi parce que c'est une série policière que je trouve super cool. Mais genre vraiment super cool !

Elle est différente de toutes les autres, n'est jamais anxiogène et le rapport qu'entretient le lieutenant avec les " méchants " est à l'opposé de ce que la narration propose classiquement.
Dans Columbo il y'a de l'intelligence, de la nuance et de l'humour.

Columbo est un personnage vraiment atypique, a priori bancal, mais absolument brillant ( il y'aura d'autres personnages de ce type plus tard mais il est, je pense, le premier dans ce genre là ) .

Il se fout de l'apparence, ne porte pas d'arme (il ne sait même pas tirer avec un flingue), il n'est pas le flic flamboyant, sans faille que la fiction américaine déclinera plus tard à l'infini, en revanche il est bon, très bon.
C'est un flic humble et intuitif mais laborieux.

En ce moment je déménage ( NDLR 2018 : Je déménage aussi à la fin de cette semaine  😉 ) et c'est encore très "encombré" chez moi (doux euphémisme) du coup, j'ai besoin du doudou ultime, et Columbo (avec Buffy) est ma série doudou.

J'ai vu tous les épisodes 1000 fois avec un plaisir inchangé.

C'est en matant un épisode que je me suis dit que ça serait chouette de faire un billet sur la «philosophie» de vie Columbo, parce que ce mec est vraiment, mais alors vraiment bien dans sa peau.

Alors les tips du lieutenant, c'est quoi?

✔︎ Ne se vexe pas (absence d'ego) : 

Ce qui frappe quand on regarde Columbo c'est de voir à quel point il ne se vexe jamais.
Tout le monde se moque de, au choix : sa bagnole (une 403 très belle mais très négligée), son chien qui se traîne, sa tenue (souvent confondue avec un pyjama), sa coupe de cheveux (le cheveux épais mal mis, je compatis, on est de la même team lui et moi!), de son apparence en général, personne ne le prend jamais pour un flic, même les flics qui ne le connaissent pas le prennent pour un mec qui erre et qui a sûrement rien à foutre là!

Et les gens ne se gênent pas pour lui dire et se moquer, et ben lui, il s'en fout comme de l'an 40.
Jamais ça ne le touche, il garde ce même sourire un peu en biais, plus amusé qu'autre chose.
Il n'a pas d'ego. Quand j'entends les gens dire "untel m'a manqué de respect" pour un oui ou pour un et les voir se mettre en colère comme pas permis (donc souffrir un peu quand même) je me dis que son flegme et sa distance semblent être un choix nettement plus judicieux que cette histoire du « Tu m'as pas respecté ».



✔︎ Aime les plaisirs simples : 

 Un des ressorts narratifs (le plus essentiel d'ailleurs) de cette série est de confronter Columbo, un homme simple, fils d'immigré italien, à la haute-société californienne.
Les tueurs ont tous des professions de folie, dans lesquelles ils gagnent plein d'argent et sont souvent vachement célèbres dans leur domaine.
Columbo est toujours super content de les rencontrer, c'est un enfant, il est jamais blasé, un quasi fan.
Mais jamais, vraiment jamais, on ne ressent chez lui une quelconque envie. L'envie quelle terrible chose qui rend diablement malheureux.
Lui, il est heureux pour les gens, il ne se projette pas dans des rêves ou dans une vie qui ne sont pas les siens.

Ce mélange de candeur et du « plaisir d'être à sa propre place » est tellement frais. Il ne questionne même pas son « sort social ». Mieux il l'utilise.
Il ne se compare pas, il est qui il est, mais dans sa meilleure version.

C'est un mari aimant, un flic consciencieux et un homme qui aime sa famille.
Columbo est simple, pas simpliste, et c'est cette simplicité là qui est au coeur du raffinement.
Il joue son propre rôle à la perfection, ne ressent pas le besoin d'être autre chose que lui et il s'incarne à merveille. C'est très beau à voir.




✔︎ Optimise ses compétences :

Columbo optimise son caractère avec un un pragmatisme qui force le respect. Il analyse  ses points forts / points faibles sans le moindre égo. Il utilise ce qu'il est, sans chercher à se changer afin de se maximaliser.

Dans le premier épisode (qui est en fait un téléfilm dans lequel le meurtrier est un psy) Columbo se fait « psychanalyser » par le meurtrier avec une grande justesse. Le psy lui dit qu'il a réussi à transformer son « manque de charisme », dont il aurait pu antérieurement souffrir, en un atout professionnel.
Les meurtriers ne se méfient pas de lui ce qui lui donne systématiquement une longueur d'avance. Le psy suggère même qu'il a probablement « accentué » volontairement cet état de fait (absence de charisme) pour le transformer en un artefact professionnel.


On sent que Columbo fait le métier qui lui est destiné, celui dans le quel il est bon, il a su optimiser ses compétences.



✔︎ Ne confond jamais l'acte et la personne :

Socialement, il ne confond jamais la personne avec l'acte qu'elle a commis.
Il fait tellement souvent preuve d'humanité et de respect que ça mérite d'être souligné.
On (moi) a parfois tendance à confondre l'acte et la personne ( nous-même y compris ) mais lui jamais.  Il est fondamentalement emphatique et c'est très chouette et inspirant à voir.



✔︎ Est un laborieux  :

Il y'a un truc que je rajouterais en 2018, c'est que le lieutenant ne compte sur pas un supposé talent de flic, il compte sur l'acharnement, le travail, la minutie, les heures à tout détailler et à scruter les indices. 
Et c'est en y passant ce temps là qu'il réussit à coincer le tueur. 

Et en quoi c'est intéressant ? Et bien c'est intéressant parce que ça rassure d'arrêter de croire à la puissance indéfectible du talent et que ça décontracte franchement de commencer à comprendre que souvent, ce qui fait la différence, c'est le temps qu'on passe sur les choses. 
Ca je l'ai compris depuis peu et c'est surement la prise de conscience la moins sexy, la plus réaliste et la plus efficace dans mon quotidien.


Donc je résume Columbo ne se vexe pas / n'a pas d'ego mal placé  / a des plaisirs simples / accepte son "sort" et en fait une force / ne confond jamais l'acte avec la personne / optimise ses compétences / passe du temps et s'acharne pour résoudre les choses.

Et ça a l'air de quand même de vachement bien lui réussir.


A très vite. 

CES DEUX ANS

IMG_2512







Bonjour à tous  - notamment les aoûtiens rapport que les autres sont probablement trop occupés à se tartiner de crème solaire - .

J'espère que vous allez tous bien.

(Que c'est étrange d'écrire un billet, je fais que bégayer de la touche)

Bon moi ça va ! Ça va super bien même (ouais les nostalgiques du billet de blog névrotique doivent être un peu déçus, je les comprends).

Ces deux années de ralentissement notoire dans le blog sont aussi les deux années durant laquelle j'ai finalement eu mon diplôme de Master.

Yeah  🎉🎉🎉🎈🎈🎈 !!!!!!


Cette reprise d'étude s'est soldée par un franc succès. Bien sûr que je me la raconte, l'occasion pour moi de vous montrer que je lutte activement depuis 2 ans contre mon agaçante tendance "low profile". Je tâtonne encore mais persiste !

Donc Master 2 validé avec une mention très bien ...  Et du coup ... Ben du coup je suis moitié fière mais quand même moitié sur le cul.

Parce que, et c'est toute la raison de cette refonte de blog et de ce premier nouveau billet, vu les cinq années de loose professionnelle totale qui ont précédées cette reprise d'étude, je ne peux pas m'empêcher de voir ce diplôme et cette réussite comme quasi miraculeux.

Putain j'te jure, c'est un miracle après des années passées prostrée à ne pas savoir quoi faire de moi et de ce que les autres, ceux qui m'aiment, appelaient mon "potentiel".

Des années durant lesquelles je voyais les gens vivre une vie dont je me sentais exclue et, en les regardant, je ne voyais que des réussites - ou ce qui ressemblaient à des réussites - alors que moi, bras ballants, j'étais intimement persuadée d'avoir loupé ce putain de coche !

Comment j'aurais pu savoir que mon coche était plus tardif ?
Pendant longtemps je me suis auto-convaincue que "chacun son rythme" sans trop y croire ... Mais en fait c'était vrai, c'était pas qu'une croyance "doudou cognitive", le rythme est absolument singulier.


Je vous parlerai plus longuement de cette reprise d'étude et de ces deux années aussi difficiles que géniales et qui m'ont doucement amené à envisager l'idée de faire un doctorat en plus de mon travail.
Parce que si " j'écoute ma joie ", elle me dit de prendre cette direction. Enfin faut encore que je vois avec mes profs mais c'est un peu l'idée.

Mais cette rentrée sera aussi celle de la reprise du blog - j'y ai beaucoup réfléchi - et j'ai 1000 idées (enfin 4 mais solides les idées). Alors en farfouillant dans mes archives pour classer et redéfinir les catégories j'ai été envahie par un sentiment de fierté.
Moi qui avais le sentiment d'avoir rien foutu de valable durant ces années, j'avais devant moi un objet réflexif - mon blog donc - que je trouvais vraiment fort et beau ( j'en suis encore à doser pour la frime, d'où les éventuels débordements ).

Bref, ça m'a donnée envie pour reprendre le rythme ( et me ré-entrainer à écrire pour le blog, j'ai perdu un peu la main ) de mettre en avant durant tout l'été des anciens billets - le blog aura 12 ans en septembre - que je trouve vraiment chouettes. Je les remanierai surement un peu mais ça permettrait de nous replonger dans les archives.

Voilà, j'espère que de votre côté tout va bien.

A bientôt.

Love & Coche






LE PROJET DE SOI

lambert wilson

( Lambert Wilson - Photo trouvée sur le site de Tendances de mode - )


(Petit son moite des familles, ça faisait longtemps ... )


J'avais envie d'aborder un concept très intéressant que j'ai découvert cette année en bossant sur mon mémoire.
Vous savez que j'ai repris mes études et suis en pleine écriture de mémoire -  précisément, je travaille sur l'influence des émotions sur les apprentissages - et en bossant sur tout un tas de trucs à côté -même à la fac je suis la reine des digressions et me retrouve toujours à vouloir mettre une autre référence alors que c'est pas le propos (je recherche une manière de caler un petit Buffy Summers dans ma partie 1 ou 2 mais je vais arrêter de me mentir, ça va être grave tendu) -  je tombe sur des articles qui traitent de l'identité et notamment de l'identité et son évolution pour les personnes entrant en formation...
Et ça a révélé tout un pan de ma psyché qui m'était inconnue...

Je vous raconte... mais je préviens, y'a plein d'étapes... Sinon c'est flou et on comprend rien...


A. 2001. Le vertige du choix

Je ne vis pas une période super. Je sais pas trop où je vais, j'arrive à un âge où les gens semblent attendre de moi que je me positionne, que je sache où je vais, bref que je me comporte comme une adulte. Mais moi ce truc d'adulte, je le sens pas trop.
Je me sens grosso modo aussi mature qu'une fille de quatrième et faire des choix sensés déterminer toute ma vie, je trouve ça très légèrement (mais alors vraiment légèrement) anxiogène. Et c'est là que tout commence à bloquer...

En 2001, j'ai 22 ans, ce qui semble être l'âge, pour la société, d'être "à sa place".
Fini les tolérances, le temps des approximations devrait être terminé, mais perso, je me sens pas méga prête...
C'est pas "FAIRE" que je ne veux pas, mon problème c'est que je sais pas ce que je DOIS faire, mais je suis sûre que si on me dit quoi fait, cela réglera ma vie (ouais je suis docile).

Ce que j'aimerais, c'est qu'on me dise la direction à prendre, le truc que je ne veux pas avoir à faire,  c'est un choix. Y'a trop de possibilités, alors j'ai tout le temps peur de faire le mauvais, j'ai pas envie de prendre cette responsabilité là. (Ce truc de choix m'a longtemps paralysée).

Donc, je vais voir une psy, et je lui raconte comment ça serait vraiment super qu'une entité extérieure prenne les commandes de ma vie que je la laisserais faire sans la moindre hésitaition.
Je lui raconte que je suis tellement paumée, que je sais tellement pas ce qu'il FAUDRAIT que je fasse, que je suis prête à toutes les docilités, à tous les protocoles les plus cadrés, bref, à ce que quelqu'un décide pour moi.

Ma psy me dit "Mais vous êtes vraiment sûre de vouloir que quelqu'un décide pour vous ? "

Moi : " Bien sûr, je suis tellement à la ramasse  que l'autre saura toujours mieux que moi ..."

Psy "Vous êtes sûre de ça ? "

J'acquiesce ... Je suis sûre... Il se trouve que je sais que ce truc c'est comme faire pipi, personne peut vraiment le faire à ma place ... Mais à l'idée d'être à a barre de mes choix je le sens pas : ma vie sera forcément une succession d'errances à force de ne pas savoir choisir".

Spoiler : Ca a été le cas ... A force de ne pas savoir décider, ça a été comme qui dirait ... Aléatoire ...


B. Rentrée 2017 . Plus complexe que prévu 

J'entame ma deuxième année de Master. On doit présenter à nos profs les "idées" (ou esquisses de brouillon d'idées) qu'on a pour écrire notre mémoire.
J'en ai quelques une pour ma recherche (je me la raconte pas, ça s'appelle comme ça) et les présente à mes profs.
Ils trouvent l'idée relativement intéressante mais tiltent un peu sur le contexte de recherche...
Mon prof (l'équivalent de mon prof principal si j'étais au collège) me dit "ouais ton contexte Marie, ça fait pas très sérieux ... Et c'est dommage parce que si ton travail est de qualité mais que le contexte fait pas sérieux ça le fera pas " (1).

Je me dis qu'il sait mieux que moi et même si je dois renoncer à MON projet initial, je le fais a priori, sans faire beaucoup d'effort. Il est l'expert, et je vous ai parlé de ma docilité, donc s'il le dit, ok, je le crois. Il doit savoir ce qui est mieux pour moi.

Donc petit à petit, le mémoire que j'avais anticipé dans ma tête, je l'abandonne pour aller dans une autre direction. Une autre direction qu'une "autorité intellectuelle" pensait plus pertinente pour moi.
Il se trouve que l'idée de mon prof j'aurais pu l'écouter, la respecter mais pour autant défendre mon projet initial, et pourquoi pas suivre mon intuition. Mais non, suivre mon intuition c'est pas comme si c'était quelque chose que je faisais spontanément, faut avoir fondamentalement confiance en soi et en son jugement pour ce genre de chose et vous savez que de mon côté, ça fluctue.
Donc début d'année, je me retrouve à bosser sur mon mémoire dont je n'ai délibérément pas choisi le thème et le terrain de recherche.

Je l'entame donc en faisant des compromis ... Le pire c'est que personne ne m'a réellement rien imposé, on m'a suggéré,et moi, j'ai extrapolé.

J'ai pris des conseils comme des injonctions, alors qu'ils n'étaient que des conseils ... La suite m'a éclairée sur ce qui s'est passé durant cette rentrée et durant ce qui s'est passé une bonne partie de ma vie.


Courant 2017 et 2018 : tension 
Mon année file mais, contrairement à la précédente, quelque chose ne tourne pas aussi rond dans mon esprit. Je me sens en inconfort avec mon projet de mémoire, je n'arrive pas à bosser à la hauteur de ce que j'aimerais. Un peu comme si je m'en foutais. Je fais les choses méthodiquement, dans le rythme exigé par la fac, mais régulièrement je me demande ce que je fous là ! J'ai pas envie de m'y mettre franchement. C'est étrange, l'enthousiasme vécu l'année précédente semble loin derrière moi.
Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe ... Le seul truc que je comprends c'est que ce mémoire me soule et ne m'intéresse pas ...

C. Le projet de Soi . KADDOURI

En préparant un devoir (rien à voir avec le mémoire donc) je tombe sur le texte d'un chercheur très célèbre - dans le milieu de la formation pour adultes, autant dire c'est pas Beyoncé non plus (mais pour moi un peu quand même) - Mokhtar Kaddouri.
Son article, Le projet de soi entre assignation et authenticité, (que je vous link ici pour les plus curieux : Article de Kaddouri ) - a donné un éclairage nouveau à la situation que je vivais (et à plein d'autres d'ailleurs).

Bon là, ça va être un peu technique - encore que - mais je vous jure le jeu en vaut la chandelle  (Marie aka la reine du teasing) :

Kaddouri définit le Soi de la manière suivante :

- Le Soi est une composante de l'identité et il est la somme du  "Je" et du  "Moi"
("Je" + "Moi" = Soi)

- La particularité du Je, c'est qu'il lutte pour construire un projet de soi conforme à ses aspirations identitaires (typiquement ce que j'ai vraiment envie de faire).

- Quant au Moi, lui cherche à se conformer et à intérioriser, en lui, le projet d'autrui.

Vous sentez venir le truc ?

Le Soi est donc confronté à deux orientations identitaires :

- Une orientation identitaire du sujet qui, dans une épreuve relationnelle, se bagarre pour construire son propre Soi (autant dire, Le projet de soi pour soi). Typiquement, le sujet de mémoire que j'avais choisi, celui que je voulais faire.

- Une orientation identitaire d'autrui qui dit au sujet ce qu'il doit être et les conduites qu'on attend de lui (Le projet de soi pour autrui). Mon prof qui me donne son avis quant au sujet du mémoire en m'indiquant, qu'institutionnellement (il en est le représentant à mes yeux) le choix que je m'apprête à faire n'est pas le plus pertinent.


« Dans la construction de Soi, le sujet est confronté à une double tension. La première résulte de la confrontation entre deux orientations identitaires. Celle du sujet lui-même qui dans une épreuve relationnelle avec l'autre se bagarre pour construire son projet de soi sur soi. Celle qui tente de lui assigner ce qu'il doit être pour se conformer au projet d'autrui sur son soi. La deuxième tension est une conséquence de la première elle est attisée par les liens d'interdépendance socio-affective et les rapports de pouvoir qui opposent le sujet et l'autrui dans le combat pour l'authenticité de la construction en questionIl s'agit de la détermination de la place et du rôle que prend le sujet dans la définition des contours et de l'orientation du devenir de son « Soi ». »

Kaddouri 
Conclusion

Bon maintenant que je vous ai parlé des travaux de Kaddouri sur les tensions identitaires d'un individu en formation, vous vous doutez bien de ce que je vais vous dire.

Cette tension interne a émergé dans un contexte spécifique.
Mon mémoire est né d'une négociation entre le Je et le Moi.
Le  Moi a plutôt gagné la bataille. Initialement, ce mémoire, je ne l'ai pas fait directement pour moi, parce qu'il allait dans le sens de mes intérêts et de mes goûts, il n'est donc pas un projet de soi pour soi.

Le plus marrant dans cette histoire, c'est que personne ne m'a forcée à rien, je jure, j'ai construit ce sujet et ce contexte de mémoire autour d'injonctions d'autrui que je pensais réelles mais qui n'étaient que des projections de mon esprit. Au bout du compte, mon prof, qui a tendance à être un peu lunaire, aurait oublié ce qu'il m'avait dit et j'aurais pu aller au bout de mon désir si je l'avais vraiment voulu. Mais non, ce n'est pas ce que j'ai fait.
Quelqu'un - ou la projection de quelqu'un qui fait figure d'autorité - a choisi pour moi, exactement comme ce que j'avais toujours voulu toute ma vie.
Je m'étais imaginée que ça règlerait quantité de problématiques et de doutes, mais force est de constater que ça ne s'est pas du tout passé comme ça. Il y'a eu lutte.

Quelque chose en moi cohabite avec l'angoisse de faire un mauvais choix et avec cette docilité intellectuelle qui me fait penser que je suis moins bien placée qu'un autre pour savoir ce qui est bon pour moi et cette chose s'est manifestée d'une étrange manière : en se vexant, en se braquant, en m'empêchant de travailler. Le Je est une quelque chose de susceptible dans lequel se trouve nos aspirations et, il est d'une certaine manière, bien moins docile que ce que je m'étais imaginée. Il a son mot à dire, il ne se laisse pas faire. Dans une certaine mesure, j'ai trouvé ça rassurant, ça donne l'impression d'une existence pleine, en dehors du regard d'autrui. Et finalement c'est assez beau cette chose qui ne se laisse pas faire.

C'est intéressant de constater que, malgré tout, le Projet de soi pour soi a des stratégies pour nous faire comprendre ce qu'il (on) veut vraiment tout au fond de nous.

Alors réponse tardive à ma psy en 2001 :

"Non, effectivement, je ne souhaite pas que quelqu'un décide à ma place ... En tous cas y'a une partie de moi qui n'est pas du tout tranquille avec cette idée et qui ruine toutes mes velléités de docilité ! "

Thug Life ;-)


Je vous embrasse à très vite 


 (1) Ouais je vais me mettre au notes de bas de page : Je pars en vacances avec ma mère depuis des années en club de vacances ... Et j'aime pas trop ça, mais que voulez-vous, ça lui fait plaisir ... Donc là bas, je passe mon temps à râler un peu (faire plaisir en faisant payer ... je sais ça craint) mais il y'a un truc que j'aime bien (et qui a à voir avec l'enfance) c'est les spectacles de animateurs (ne me juge pas ... Non ne me juge pas ...), j'ai une certaine fascination pour leurs gigotements et danse. Et plutôt que d'avoir eu le sentiment de n'y avoir rien appris, j'ai envie de comprendre les spécificités d'apprentissage de ces animateurs là ... Voilà, c'était exactement ce que je voulais faire ! Histoire de sublimer l'expérience  ;-) 

LACONIQUE / THE INTERNET, ROLL (BURBANK FUNK)


Je suis en rendu de "troisième partie de mémoire" ... mais à partir de lundi je serai un peu délivrée et j'ai quelques idées de billets en tête !. 

En attendant, ce morceau est tellement cool ... Un peu décontenancée au début par le nouveau projet de The Internet (que je n'ai jamais cessé d'écouter et qui sont tellement chers à mon coeur), je dois avouer que les écoutes me le rendent de plus en plus addictif. 

Bref, bon dimanche. 

Love & Disco



ODYSSÉE CORPORELLE - 1 -

ryan 1


                                                                Photo de Ryan McGinley




Bonjour à tous.
J'espère que vous allez bien.

Dans le billet du jour, qui sera probablement le premier d'une série, j'avais envie d'aborder un parcours que j'ai récemment décidé de faire : celui de me réconcilier avec mon corps (et accessoirement de le comprendre).

Et ça me paraissait intéressant d'écrire des billets au fur et à mesure pour y aborder mes états d'esprits du moment.

J'ai déjà abordé certaines de mes problématiques corporelles ici mais j'ai comme qui dirait envie de reprendre depuis le début ... Et de vous expliquer ce qui s'est passé ces derniers mois.

Le rapport que j'ai à mon corps s'est "déréglé" et "complexifié" il y'a 7 ans quand j'ai arrêté de fumer.

J'avais toujours été une enfant, ado, jeune adulte très mince. Et mince, mon corps ne m'avait jamais encombré:

- Socialement, il ne freinait rien, je n'avais pas de complexe et on ne va pas se mentir, c'est un état d'insouciance plutôt sympathique...

- Physiquement, il ne m'encombrait jamais, je ne le sentais que quand je le souhaitais : ni inconfort, ni frottement douloureux, ni essoufflement rien.

- Identitairement, il était moi. Je ne me voyais pas autrement.

- Vestimentairement, il était on ne peut plus accommodant dans la société dans laquelle j'évoluais. Celle où faire plus que du 42 complexifiait nettement les choses. M'étant en permanence sapée comme une mince - trucs débraillés par exemple - je voyais bien que mes goûts ne s'accommodaient clairement plus à ma nouvelle morphologie. Rien n'allait !

En 7 ans j'ai pris 20 kilos, tous mes repères corporels se sont dégradés et je suis rentrée dans un monde dont je ne savais rien.

J'oscillais entre les périodes où je me disais que je devais l'accepter et les périodes où je ne pouvais pas me faire à l'idée que ce corps était le mien.

En 7 ans, je n'ai plus supporté qu'on me prenne en photo (alors que j'avais toujours été très tranquille avec mon narcissisme, là, la meuf sur la photo, je ne le connaissais pas ... Ou reconnaissais pas ... ).
Je n'ai plus supporté de me saper, plus rien ne m'allait ... Putain c'était un drame de voir comme tout me boudinait ...

Et petit à petit mon corps, à force de voir comme il s'éloignait de l'image que j'en avais (celle de mon corps qui avait toujours été le mien ... ) est devenu un absolu étranger pour moi ... Je ne souffrais pas vraiment, c'est juste qu'il a presque cessé d'exister à mesure qu'il n'était plus la représentation que j'avais de lui. Je ne m'y suis pas faite ... Non, ce qui s'est passé c'est que je me suis résignée ... C'est tout !


Mais qu'est-ce qui avait bien pu se passer bordel de sa race ?

Dans ma négligence, je continuais de fantasmer  que cela allait changer et que je pourrais enfin ME retrouver - j'ai absolument conscience du caractère "limite" de mes propos, mais je vous parle avec la plus grande honnêteté.

Pour autant, je n'ai fait strictement aucun régime, jamais ... Au mieux ce qui s'est passé, rapport que je suis hypocondriaque, j'ai année après année, mangé plus "équilibré".
Oui parce que j'ai passé l'essentiel de ma vie d'avant à manger n'importe quoi, à n'importe quelle heure ... Et changer cela me paraissait, dans une certaine mesure, bien triste ... Et le côté contrôle pour ça, je ne le sentais clairement pas, j'aimais trop manger pour rendre cela problématique.

Un soir, il y'a de cela un mois, je suis avec des gens de la fac, dans l'appartement de Marielle - nouveau personnage dans ma vie et une copine de promo - et je sais pas vraiment comment cela arrive mais je commence à leur parler du rapport distant voire inexistant que j'ai à mon corps.
Isabelle - une autre copine de promo et aussi nouveau personnage - me raconte des trucs de sa vie et elle me parle du rapport sensible qu'elle a au monde ... Je rebondis, de manière assez crue sur le fait que moi je suis "rationnelle" et que pour moi, ce qui compte le plus, c'est ma pensée, mon cerveau, que le reste est trivial, qu'il ne compte pas ...

Mais, comme dans les associations que l'on fait parfois en thérapie, j'en arrive à parler de mon corps et comprends en parlant, que la manière dont je sur-investis mon intellect (et l'intellect de manière générale) est une façon de décrédibiliser le corps et ses manies surtout parce que je n'ai plus aucun "contrôle" sur lui et qu'il est un grand mystère. Alors que l'université m'a démontrée que je pouvais agir sur mon cerveau en travaillant... Et là ça avait marché ... Pas comme avec le corps où les choses que j'entreprenais ne fonctionnaient pas (arrêter le coca, faire du sport en salle alors que clairement ça m'enchante modérément comme type d'activité )... Je continuais de grossir !

En leur parlant, tout se met alors en place dans ma tête, je comprends, j'ai n'ai plus de contact avec mon corps ... Quasi plus ... Le seul moment où j'en tiens compte c'est quand il me fait mal et que j'imagine - dans toute ma sérénité - que je vais mourir dans les 23 secondes.

Et je comprends aussi que je dois inverser la vapeur parce que là, clairement, ça craint !
J'ai arrêté de le regarder et de le considérer et il m'est parfaitement étranger ... Et c'est plus possible ...

Je leur dis, avec le sens du drame qui me caractérise, que c'est l'odyssée que je dois faire parce que clairement autant de désintérêt pour ma personne physique, n'amènera rien de bon ...

Mais rencontrer son corps figure toi que je savais pas faire ....

Bon y'a bien sûr une suite ...

A très vite !



MA TRÈS CHÈRE LOU ... ( ET MA TRÈS CHÈRE SARAH) ... ET AUSSI LES AUTRES ...

IMG_1611




Lou,

j'ai cherché ton adresse mail pour te répondre, mais je n'ai rien trouvé ...
Ton commentaire m'a tellement chamboulé qu'il m'a donnée envie de te répondre ici directement parce qu'il m'a inspiré plus de choses qu'un laconique retour.

Merci Lou. De tout mon coeur.

Tu m'as donné le sentiment que ce blog manquait à quelqu'un. Et ça m'a fait bizarre parce que je n'y suis plus très présente. Tes mots m'ont tant touchée qu'ils ont attisés une envie visiblement pas tout à fait éteinte (j'en ai même eu les larmes aux yeux Lou).

Je cherche alors un truc enlevé, intéressant ou profond à te dire mais rien ne me vient vraiment (le manque d'habitude j'imagine ...).

La semaine dernière une amie me dit :
"Mais ton blog, tu vas le laisser mourir comme ça à petits feux ... Tu veux même pas clore le truc ?"
J'ai trop rien répondu de clair, parce que je ne savais pas vraiment quoi en dire.
J'avais pas vraiment le coeur de le fermer, de clore ces 10 années (grosso modo) d'un "salut, c'était bien, on a  rigolé et surtout merci à tous" mais je n'avais pas non plus l'énergie de le maintenir à flots ... Et je crois que tu as raison, j'ai perdu l'envie à ne pas avoir réussi à suffisamment croire en moi.

Ma posture, ce détachement, ce désir acharné de ne jamais être prise en flagrant délit de premier degré m'a autant préservée que déservie.

Ce que je faisais ici était important pour moi mais je ne voulais pas trop que ça se voit alors je faisais toujours un peu semblant que tout ça ne comptait pas vraiment, que ça n'était pas très important, que ça ne valait pas plus que ça, que ça n'était qu'un petit blog de rien du tout. Tout plutôt que d'être prise au sérieux.

Fabriqué un soir d'octobre dans un petit appartement nancéien (Faubourg des III maisons pour les connaisseurs), ce blog est vite devenu un objet de fierté intense et pour être tout à fait honnête avec toi Lou, il était le seul à cette époque. J'étais dans le flou de tout, je comprenais rien à ce qui se passait et avais la tenace impression de rater absolument tout ce que je faisais. Maintenant c'est mieux, c'est pas toujours aussi nette que dans mes fantasmes existentiels mais je ne trouve plus ça si grave... Ca me va.

"La Chic Fille" s'est rapidement donnée des airs un peu "graves" tu as vu : j'y parlais beaucoup de mes ratés, de mes doutes et de mes interrogations ...
Je sais pas trop comment ni pourquoi ça s'est fait comme ça mais le blog s'est comme qui dirait auto-dirigé, ça m'a dépassée. Ce que j'y lisais me surprenait, il me proposait une nouvelle lecture de toute ma vie.
C'est comme s'il décidait tout seul de ce dont il voulait parler et de ce qu'il allait révéler de moi.

Il a alors très vite été ma part la plus sensible voire sa matérialisation. Il n'y avait plus de filtre, la vraie vie était loin de mon clavier, je devais suffisamment me sentir en sécurité pour ne pas craindre d'être moquée. Et je pense que c'est très bien, jamais, sans lui, je n'aurais pu voir que ces choses là étaient si importantes pour moi, que ça comptait, et que ça comptait aussi pour les autres. Jamais, non plus, je n'aurais pu voir le lien ténue, tout fin, qu'il existe entre toi et moi... Entre ta vie et la mienne.

Mais sa force a aussi été sa limite. Un jour Lou, une personne a commenté un billet en me disant : "Je viens d'aller sur le blog de Mai, j'y ai lu ton texte sur "Mes 20 ans" ... Pourquoi tu n'en as pas parlé sur le blog? Pourquoi tu fais toujours autant profile bas ? Qu'est-ce que tu y gagnes ?"

Elle avait raison. Et je ne lui ai rien répondu, parce que je ne sais pas ce que j'y gagne à autant minimiser ce que je fais, à autant faire comme si ça ne comptait pas. C'est pas comme si je faisais autrement dans ma vie en plus. Ce qui est bizarre c'est que j'aime ce que je fais, il m'arrive même d'être fière alors pourquoi ne pas le dire (dans ma vie pro c'est la même...) ? J'en sais trop rien, mais le blog a vraiment incarné ce truc de ma personnalité et, d'une certaine manière, ça ne l'a pas aidé à s'épanouir...

Tu as raison,  mon choix, cette position, a limité ce que je faisais et puis à force ... Et ben à force, j'ai perdu confiance pensant que tout ce que je réalisais ça n'était qu'un blog et que ça disparaitrait bien vite.
C'est pour ça que je postais plus je pense ... C'était pas par manque de temps, mais parce que je ne voyais plus pour qui ou pour quoi le faire ... A tant le minimiser il ne comptait plus, même pour moi.

Mais ton commentaire Lou m'a fait une drôle d'impression dans le coeur. Il a chamboulé ma pensée... Je me suis dit que cet espace pouvait encore donner quelque chose, qu'il pouvait évoluer vers ce que je suis devenue (j'ai en plus plein d'idées, la fac m'a rendue créative je crois).

Ton commentaire en attisant mon envie de ré-écrire m'a peut-être montré que c'était moins fini que ce que je l'imaginais.

J'ai beaucoup écrit ces deux dernières années, la fac est une grosse gourmande de mots, mais écrire là, c'est quand même autre chose. Ecrire là c'est écrire comme je veux, de ce que je veux et c'est un luxe tellement énorme...

Lou, en te lisant, j'ai eu le sentiment que ce blog avait compté pour au moins une personne ... Et si cette personne c'est toi alors ça me va.

Je t'embrasse de tout mon coeur.

Merci.

Fourni par Blogger.