( Photo Joel Meyerowitz )
( Dédicace à Avril sans qui rien n'aurait été possible ♥ )
Ca fait très très longtemps que vous me suggérez très fort de lire le livre
Beauté Fatale de Mona Chollet.
Finalement c'est un mail d'
Aurélia qui aura été décisif et je l'en remercie.
Avant de commencer à vraiment parler de ce livre, je voulais vous raconter une petite histoire, elle n'a, a priori, pas de rapport direct avec ce qui nous concerne, mais je ne peux pas m'empêcher d'y voir un lien.
C'était une matinée assez ensoleillée, j'étais avec Karim, mon ami, chez lui, dans son appartement nancéien. On buvait du café soluble trop sucré (
on a pris cette mauvaise habitude, on noie le café pour en faire une sorte de thé quasiment imbuvable) et il me parlait de philosophie, j'adore qu'il m'en parle, j'adore qu'il m'apprenne, c'est une des choses que je préfère, que ceux que j'aime m'apprennent des choses.
Et là, il se met à me parler du Manuel d'Epictète, me demande si je l'ai lu. Je lui dis que non, il me dit qu'il est très facile à trouver en pdf et que je dois absolument le lire. Parce que Le manuel c'est comme des règles qu'on nous dit, des choses simples à comprendre, c'est abordable, c'est une suite de petits conseils clairs, applicables à la vraie vie.
Il n'y a rien de développé dans ce livre. Du concret, rien du concret.
Et la toute première chose qui est dite dans ce livre, c'est
“ Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d'autres non. De nous, dépendent la pensée, l'impulsion, le désir, l'aversion, bref, tout ce en quoi c'est nous qui agissons ; ne dépendent pas de nous le corps, l'argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n'est pas nous qui agissons. Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t'est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté ; tu en voudras aux hommes comme aux dieux ; mais si tu ne juges tien que ce qui l'est vraiment — et tout le reste étranger —, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route ; tu ne t'en prendras à personne, n'accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n'auras pas d'ennemi puisqu'on ne t'obligera jamais à rien qui pour toi soit mauvais. ”
Concentrons nous sur notre sujet du jour, sur un sujet plus abordé dans ce blog, notre corps. Et de ce qu'en dit Epictète (
enfin ses copains qui ont fait le livre) il ne dépendrait donc pas de nous...
Il ne dépend pas de moi? Je ne peux pas en faire ce que j'en veux? De son apparence? De ses "failles"? De ses "atouts" je n'en serais pas maîtresse?
Ca me rappelle le discours du Docteur Zermatti, cette idée que contrairement à ce que l'on tente de nous dire, notre corps n'est pas corvéable à notre goût... Ou plutôt au goût sociétal.
D'ailleurs à quel point, quand je me regarde, mes yeux sont les miens? Complètement les miens? Jusqu'à quel point je me regarde avec toute la considération esthétique, médiatique occidentale?
À quel point mon appréciation est-elle contaminée? À quel point ce sont mes goûts et seulement mes goûts qui parlent?
J'entretiens un rapport au beau, à la mode, au maquillage relativement ambivalent.
Il m'apparait, parfois, comme une source de futilité nécessaire, comme une paillette dans mon quotidien. Il me paraît parfois absolument utile, bien qu'envahissant.
Ma compulsion en est le pire travers, elle me domine, ne nous mentons pas. Je lutte parfois, parfois moins, mais le fait qu'elle se soit tant focalisée sur le domaine de la beauté et de la mode est bien révélatrice de la relation ambivalente que j'entretiens avec mon apparence, et plus généralement, et surtout plus profondément, avec mon amour de moi.
D'autres fois, mon rapport est nettement plus radical. Je ne supporte plus de me laisser faire, docilement, de me laisser avoir. D'avoir cru que telle robe me ferait me sentir plus incarnée, plus "femme". Que telle crème de jour arrêterait le temps... Parce que c'est sale de vieillir qu'on nous dit!
Je m'en veux de m'être laissée culpabiliser, je m'en veux d'avoir écouté des choses qui ne devraient pas me concerner, je m'en veux de passer trop de temps dans des futilités alors que je rêve d'avoir du temps pour apprendre à faire du piano.
Je suis ambivalence. Un état remplace l'autre. Parfois ils cohabitent, je suis et lucide, et soulagée.
Mais le livre de Mona Chollet a permis de mettre des mots, des concepts et des précisions sur mes ambivalences. D'un coup, j'ai mieux compris pourquoi j'étais "moitié victime, moitié complice comme tout le monde" (
c'est une phrase de Sartre à propos des femmes, au tout début de Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir que je cite souvent dans ce blog tellement je la trouve adaptée).
J'ai toute de suite été happée par ce livre. Le sujet d'abord m'a vraiment passionnée et puis il y a le style de Mona Chollet. Certains le jugent agressif, de mon côté je le qualifierais plutôt d'ardent.
Alors de quoi ça parle
Beauté Fatale?
Si je devais être laconique (
ce qu'évidemment je ne serai pas), je dirais que c'est un livre qui décortique, analyse et critique le désir de beauté des femmes. C'est "une critique de l'aliénation féminine à l'obsession des apparences".
(Je crois que je vais écrire ce post en plusieurs fois, c'est déjà long là, non?...)