Pages

1.6.14

VIDÉO 1 JUIN, EUSTACHE UNE SALE HISTOIRE

J'ai regardé cette semaine La maman et la putain de Jean Eustache.
Et je pense qu'il y a des caps avant de regarder La maman et la putain.

L'une d'entre vous m'avez dit sur un post précédent, celui sur le complexe de la prolo, qu'on ne pouvait pas commencer la littérature avec du Proust.

Je crois que pour Eustache c'est un peu pareil. Entre la longueur (3h28), le noir et blanc, le propos, la théâtralité du discours (Léaud en tête) et tout le reste, c'est relativement difficile d'accès (la première demie heure je me suis demandée comment j'allais aller au bout... Et pourtant je suis dingue de Rohmer et de ses faussetés de jeu). Et puis j'ai été happée.
J'ai profondément aimé ce film et je n'en suis pas sortie tout à fait indemne.


(J'adore ce GIF, j'adore Léaud)

Mais avant de le voir, mon ami Gweltaz, un samedi après-midi, entre un saucisson et un brownie au chocolat (arrosés de litres de thé Mariage) m'a parlé d'un moyen-métrage d'Eustache, Une sale histoire. On l'avait regardé et j'avais adoré, ça m'avait beaucoup amusé.

C'est un diptyque, la même chose jouée une première fois par Michael Lonsdale (la fiction) et l'autre par un ami d'Eustache, au cours d'une soirée (le documentaire il semblerait).
Je vous laisse découvrir si vous ne connaissez pas.

Le propos peut paraître très très étrange, il est possible que cela vous mette mal à l'aise.
La qualité de la vidéo est pas au top aussi, j'ai pas trouvé mieux.



Bon dimanche.

6 commentaires

emiphilium a dit…

Génial!

Merci Marie!

:)

cash cash a dit…

Wahou, c'est... instructif, j'avoue que j'ai été happé par la véracité du récit de Lonsdale,impossible de l'arrêter avant la fin. Ce qui m'a beaucoup plu, c'est le travail qu'opère Eustache sur le spectateur, pour l'amener à réaliser que par delà la morale on est tous voyeur et qu'il n'y a rien de "mal" à ça. Chapeau, et merci à toi pour le partage.

Elsa a dit…

J'ai un amour véritable et profond pour Jean-Pierre Léaud, dans les œuvres de jeunesse comme dans ses derniers films - où il apparait souvent comme un doux dingue !
Au décès de Bernadette Lafont je m'étais promis de regarder 'La Maman et la Putain'... tu me l'as remis en tête. Merci !

Anonyme a dit…

Bonjour,
ceci est un test car je n'ai pas réussi à publié ce que j'avais d'abord écrit (because c'est la 1ère fois que je laisse un commentaire, forcément ça pouvait pas marcher du 1ercoup)..à supprimer si ça fonctionne

Anonyme a dit…

Salut,
J’ai bien aimé cette réalisation, même si j’avoue je n’ai pas regardé la redite en entière, je crois à cause du 2nd acteur qui m’a moins accrochée. C’est probablement le genre de scène qui ne peut se passer de très bons comédiens. Je pense avoir manqué un effet intéressant avec la seconde partie mais j’avais tout de même envie de te laisser mon sentiment sur les sujets abordés par le texte. C’est un texte très honnête, telle que l’entrée en matière qui annonce préférer présenter l’histoire racontée, plutôt que l’histoire filmée. Les thèmes qui m’ont marquée sont ceux du désir, de son origine, et de ses apparitions dans la société et chez les individus. Le personnage principal est perturbé par un désir qui ne fait pas parti de ceux admis par la société. Ce qui le pousse selon lui à qualifier ce désir de hors-norme. Néanmoins on constate que sur le lieu du crime il est en compagnie d’autres anormaux dont les habitudes identiques ne lui prêtent pas de regard moralisateur. C’est un constat que l’on peut faire pour toutes les normes : certaines personnes agiront à l’intérieur, d’autres à côtés, mais aucun individu n’est suffisamment unique pour se sentir le seul être sur terre à ne pas être comme il faut. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui semble perturber le plus le conteur. Même s’il parle d’un écart à la norme dans son comportement, ce n’est pas des conséquences telle que la honte ni l’exclusion d’un groupe qui semblent l’interroger. Il raconte son propre cheminement de pensée dans cette expérience et c’est très agréable d’écouter les étapes de ses sentiments, non pas seulement les évènements chocs (et pas chic ici).

Anonyme a dit…

Pour moi, il reste finalement bloquer sur une contradiction. Le désir physique mais domestiqué ne l’émeut pas (ou plus). Ce n’est pas discutable puisque le désir ne se discute pas. Le hasard lui offre l’occasion d’éprouver une autre forme de désir, mais qui s’appuie sur une perversion. Selon lui, il ne regrette pas cette perversion, mais le fait qu’il ne peut échanger avec les femmes sur celle-ci sans créer chez elles un refus de savoir. Sauf dans le cadre rassurant d’une assemblée presque-mondaine (le cadre du film). Deux femmes objectent. Mais c’est parce que vous n’avez pas l’amour ? Mais si, je vous assure vous m’avez donné le goût de votre perversion. Ce à quoi le conteur répond. Vous ne m’avez pas écouté, l’amour domestique ne me plait pas. Mais non, vous ne pouvez avoir la même perversion que moi (puisque …justification fallacieuse à mon sens, mais que je ne développe pas pour ne pas trop révéler l’histoire). Cette réaction est le révélateur de la contradiction sur laquelle le conteur n’a pas encore assez de prise, pas assez de conscience, et qui le pousse à chercher le regard et l’avis des femmes, pour apprendre quelque chose qui lui manque, alors même que les réactions qu'auront celles-ci sont perdues d'avance. Sa perversion n’est pas dans le fait de s’agenouiller au sol, les cheveux collant au sol, mais dans la recherche de l’humiliation, de la peur. Pourquoi la souffrance de l’autre peut-elle générer chez nous une sensation de volupté ? C’est un mystère. Mais au nom d’une morale qui propose de donner comme limite à la liberté de chacun celle qui génère souffrance chez autrui, le plaisir né de l’humiliation est classé comme déviant par la société. Est-ce une bonne chose que des désirs primitifs, animales, soient censurés par la société ? Je le pense. Nos penchants naturels n’ont pas vocation à se réaliser automatiquement, y-compris pour notre propre bien. Ainsi le conteur ne voyait pas sa vie entière réduite aux dimensions d’un trou. Mais à quoi ouvrir sa vie alors ? Il ne le sait pas. Il prend plaisir à humilier les femmes belles qui le dédaignent mais qu’il ne connait pas lui-même. Ces femmes dont il souffre du regard distant dû selon lui à jugement sur ses apparences, il les méprise également pour leur apparence, et ne regrette pas l’humiliation bestiale dont il peut les faire souffrir. Il ne sait pas que l’échange, la connaissance des autres ouvrira sa vie sur des belles choses, des découvertes qui peuvent émerveiller sans s’accompagner d’un reflux de vanité. S’ouvrir à ce qui ne nous ressemble pas est un effort. Un effort qui ne doit pas promettre la possession confortable mais lassante, mais une entente et une bienveillance qu’on n’imaginait pas chez quelqu’un d’un autre sang.