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1.2.16

BASKET-BALL ET APPRENTISSAGE SEXISTE

MIRANDA KERR






Tyler the creator, Find your wings

Je devais faire du basket depuis 4 ans, j'avais 11, 12 ans quelque chose comme ça et un soir, en discutant avec mon papi, j'ai compris un truc essentiel, en tant que fille, je serai physiquement (sportivement plutôt) toujours moins bonne que les garçons. Pas tous les garçons, bien sûr, mais à niveau équivalent, il y'aura un moment où la différence sera frappante et je ne pourrais plus gagner...

A 11 ans, en pleine pré-puberté, ce n'était pas encore le cas et je ne voyais pas pourquoi ça devrait changer un jour.

Les entraînements étaient souvent mixtes et en fin de séance on faisait des petits matchs 3 contre 3 ou 5 contre 5, ça dépendait.
L'équipe qui marquait sortait et était remplacée par une autre.
Mes coéquipières et moi étions souvent en haut du tableau. On sortait vite, je me souviens précisément d'une époque où on était les meilleures, parce qu'on était plus investie et plus teigneuses aussi. Et parce que les différences physiques n'existaient pas encore, les garçons n'étaient ni plus grands ni plus forts.
Quand t'es une fille, en tous cas dans le club de basket de mon enfance, t'es déjà moins importante que les garçons. Tu le vois pas comme ça mais en grandissant tu comprends mieux, ce que tu fais, tes performances sont anecdotiques dans le club. Par exemple, c'est eux qui gardent le beau et grand gymnase quand toi et tes copines tu vas dans le petit gymnase sans chauffage à 12 minutes de marche. Ca tourne pas, c'est toujours toi qui y vas.

A 11 ans je ne savais pas vraiment tout ça et surtout je ne savais pas que les corps et leurs modifications allaient avoir une si grande influence sur la pratique de mon sport. Qu'importe l'investissement que j'y mettais, qu'importe ma ténacité, mes entraînements, qu'importe tout ça. En discutant ce soir là avec mon papi, il m'a lâché la vérité injuste de cette réalité là, je serai moins forte qu'eux., quoi que je fasse. Même si avec mes copines on les domine aujourd'hui, ça ne durera pas. On peut bien  sûr s'en foutre de gagner, mais moi, j'aime la compétition, pas pour faire figuration, si je m'entraîne dur c'est pour gagner, pas cueillir des pâquerettes.

Mon papi (aka Léon) je ne l'ai pas cru tout de suite.
J'étais sûre qu'il se trompait, que ça ne pouvait pas être aussi injuste que ça, je m'entrainais dur et j'adorais ça, je n'allais quand même pas me faire niquer avec la bête biologie. Non, je croyais encore au mérite, à la juste récompense...

Mais il avait raison. Le corps s'en est mêlé, je ne grandissais plus, je sautais moins haut et courrais moins vite qu'eux... J'étais devenue une fille qui joue au basket, aussi investie qu'elle pouvait être, elle ne gagnait plus comme avant.

Ca m'a rendue assez triste, je m'en suis remise bien sûr mais putain que c'était pas juste...

PS: Je reviens après un léger break, je m'en excuse un peu mais pas trop.
J'espère que vous allez bien.



10 commentaires

mirabelle a dit…

l'injustice, je l'ai découverte le jour où avec mon frère on a retrouvé cassée la cabane qu'on avait construite le weekend précédent, dans les bois à côté de chez nous
j'avais trouvé ça dégueulasse
vraiment...
sinon j'aime beaucoup la tenue de cette fille sur ta photo...
belle journée Marie

Tibo a dit…

Super triste :-(

Ysabelle a dit…

J'ai toujours su que je serai moins forte physiquement que les garçons, et j'ai aussi toujours su que ça n'enlevait rien à ma valeur propre.
Si tu as dans l'idée moins costaud = moins bien, forcément ça fait mal!
Je pense que c'est beaucoup plus difficile pour les garçons/hommes plutôt gringalets, pas sportifs, pas musclés...parce que ce n'est pas considéré comme "normal". Un gars c'est fort!

Lou a dit…

Coucou marie,

Merci encore une fois pour ton article. Très juste, je crois que je n'ai toujours pas digéré cette infériorité physique, ce besoin d'en faire plus pour ne serait ce qu'être à égalité. C'est pour ça que je ne fais que des sports mixtes où, à notre niveau d'amateur, je trouve qu'il n'y a pas une différence fondamentale entre corps d'homme et corps de femme, comme le badminton ou le ping pong.
Sinon je trouve que le sexisme est encore partout. L'autre soir, c'était l'équipe de foot féminine qui jouait à la TV. Je te raconte pas les remarques sexistes, comme quoi ce qu'elles faisaient c'était de la merde. Perso je m'en fou du foot, mais là j'ai trouvé ça gratuit. Et j'avais rien à répondre. Oui probablement ces nanas si elles avaient été des mecs elles auraient été meilleures. Paf prend toi ça dans les dents.
Et puis j'ai relativisé dans un sens. Qu'est ce que la force, à l'échelle de l'univers finalement. On est tous pourri face à ce qui se passe de plus grand. Et pourtant ça a quand même du sens, du sens parce qu'on lui donne du sens.
Ces filles qui jouent au foot, elles donnent un sens à ce qu'elles font. Pour elles c'est pas pourri, et pour tout un tat de gens c'est pas pourri. Mon copain par exemple, qui était un rare mec de la soirée à regarder sérieusement le match.
J'ai envie de donner du sens à ce que je fais et si des gens sont meilleurs que moi pour x ou y raison au fond ça ne change rien.

J'adore ton blog, c'est le seul que je lis de manière régulière. Souvent quand je me sens bof je viens ici. Et souvent je me sens mal, alors je te dis pas combien de fois par semaine je tape "la chic fille" sur Google. Alors merci. Tu es géniale, tu m'apportes beaucoup, j'aimerais être comme toi. J'ai envie de te dire d'écrire un livre avec ton talent ton intelligence et ta subtilité, mais en fait ton blog c'est le top, je ne sais pas si un livre se serait mieux.
Donc encore merci Marie

La Comtesse a dit…

Chère Chic Fille,

Ton papi avait raison.
Mais on peut poursuivre le débat en se rendant compte que, finalement, le sport, on s'en fiche. Dans la vraie vie, comme dans la métaphore.

La société est injuste, mais chaque être se retrouve égal devant sa propre finitude, et devant l'adversité de la vie. Et là, tu peux me croire, que les mecs aient eu la victoire toute tracée ou pas, ce sont les plus minables...

Les femmes apprennent à encaisser, elles ont une capacité de résiliance et de distanciation inégalée. Regarde le fonctionnement des couples autour de toi, et tu apprécieras combien les hommes sont de gros bébés.

Notre ultime revanche...

Anonyme a dit…

Quelles sont les chances d'une catcheuse fa(r)ce à une danseuse durant une audition de danse classique?
D'une danseuse face à une lutteuse dans un combat de trois minutes?

La compétition sportive a été inventée par des hommes pour des hommes par altération des antiques règles du vivant (conquérir le rôle d'alpha pour se reproduire).
Ce que je trouve anormal c'est de se trouver nulle dans des règles qui ne sont pas les siennes.
L'accepter est injuste. Ça, oui.

Cynthia a dit…

Hello Marie,

Comme toi j'étais une basketteuse, et j'ai vécu les choses de la même façon.
Pas de douches (ou alors froide car le concierge ne pensait pas allumer le chauffage lors de nos entrainements)..
Les matchs dans des salles vétustes , sans gradins (qui viendrait voir un match de filles )..et j'en passe..
Mon fils de 16 ans fait du basket, les choses n'ont pas beaucoup changé , moins de différences au niveau des infrastructures , douches chaudes désormais..mais à niveau égale , l'intérêt se porte plus vers les équipes masculines et leurs résultats .
J'aime bien le com de La Comtesse , à quelques exceptions prêt suis assez d'accord..
Bisettes.
Cynthia

amelstos a dit…

Hello marie, il y a un sport dans lequel ce que tu dis n'est pas vrai :l'équitation. Alors bien sur pour certain il ne s'agit pas d'un vrai sport, mais c'en est un : discipline olympique avec épreuves mixtes, en saut d'obstacles les hommes et les femmes concourent ensemble. Et pourtant, c'est très physique.
Bises !

Anonyme a dit…

Bonjour Marie.
On a fait du basket à peu près au même âge (j'en ai fait de 11 à 18ans), en club, à l'asso sportive du collège, et puis en street.
Investie, impliquée, hargneuse je me reconnais totalement en tant que joueuse.

C'est le manque d'investissement des gens du club qui m'avait blessé. Entrainements souvent annulés, faute au manque de créneaux, ou de coach(si présent,inexpérimenté ou peu intéressé).
Nous n'étions pas importantes. Du coup, j'ai joué en street des matchs mixtes jusqu'à ce que je ne puisse plus suivre.

J'ai 25ans et demi aujourd'hui, on s'en remet effectivement.
Mais d'avoir grandi comme étant une fille qui fait du sport, et non une sportive qui doit progresser pour se professionnaliser laisse un gout amer, plus amer que le fait de n'avoir jamais pu dunker.

Merci pour ce post. Bonne continuation et courage (d'autres injustices nous attendent...)!!! Nadine.
P.S : ton papi voulait te protéger en te disant la vérité, mais comment comprendre à cet âge là?

Anonyme a dit…

Ce qui est triste c'est quand les filles veulent se comparer aux garçons. C'est comme si un mec se plaignait de pas pouvoir courir aussi vite qu'un guépard : un peu stupide, non ? Une fille c'est une fille, un mec c'est un mec, y'a pas de hyérarchie entre les 2 car c'est 2 choses différentes. Le reste c'est dans ta tête et si tu as des complexes, faut t'en prendre à tes parents !