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2.12.15

PAUL AUSTER ET SIRI HUSTVEDT PAR ANNE DE N'AIES PAS PEUR MICHELINE

Bonjour,

aujourd'hui troisième publication du troisième texte reçu par l'un-e d'entre vous. 
Aujourd'hui Anne (dont le blog sur la peur est tellement chouette) va nous parler du couple d'écrivains Paul Auster et Siri Hustvedt qu'elle adore.
Je vous laisse et vous dit à très vite pour un autre post.

Love U


PAUL AUSTER ET SIRI HUSTVEDT 

paul auster Siri


Chronologiquement, ça a d’abord été Paul Auster. Paul Auster, c’est les éditions Actes Sud, la collection Babel, c’est un gage de qualité, un petit snobisme littéraire, c’est mes parents.

Leur goût commun pour la littérature, la « bonne » littérature. Lire Paul Auster, ça a donc été, un peu, rencontrer mes parents. (Est-ce que ça n’est pas le cas pour tous les livres qui nous sont conseillés par quelqu’un ? Rencontrer quelqu’un à travers un livre c’est un peu lire à travers ses yeux…)

Ça, c’était pour le contexte.

(Il faut savoir une chose sur moi : je n’ai absolument aucune mémoire quand je lis un bouquin. Je me rappelle si ça m’a plu ou pas, mais l’histoire s’évapore très rapidement. Donc je vais essayer de faire avec ce qu’il me reste.)

Paul-Auster-Chronique-dhiver


Ça a d’abord été La trilogie new-yorkaise (le plus connu, je crois). Et ça n’a pas été simple ! Ce n’est pas un « feel-good book », ce n’est pas un drame, ce n’est pas de la science-fiction, ce n’est pas une histoire vraie… Impossible de le classer.
C’est onirique, c’est étrange, ça dérange un peu, ça résonne, comme un écho. Ce sont trois histoires qui, apparemment, n’ont rien en commun. Et puis, en fait… Paul Auster joue sur les mots (d’ailleurs les traductions sont excellentes), les références, la réalité, la fiction, les noms propres (l’un de ses héros s’appelle Paul Auster) et son livre est un labyrinthe, un rébus, un rêve, une poupée russe, une enquête de détective. Bref, je n’ai pas adoré. Je n’ai pas tout compris… Mais ça m’a marqué.

Et puis je l’ai relu, plus tard. J’y ai trouvé de l’intelligence, j’ai eu envie d’en lire plus. Le voyage d’Anna Blume, Leviathan, La Musique du hasard, Mr Vertigo, Tombouctou, Moon Palace… Une œuvre dense et multiple dans laquelle on retrouve ses repères : le base-ball, New-York, le hasard, les jeux sur les mots. Toujours cette impression de me faire entrainer dans son univers étrange, poétique, aux personnages ambivalents dont les rencontres découlent sur des péripéties incroyables et inévitables, comme on déroulerait un fil qui prendrait de plus en plus d’ampleur sans qu’on s’y attende et pourtant sans qu’on en soit surpris.


Il y a aussi les œuvres autobiographiques de Paul Auster, celles que je préfère, je crois. Il parle de son passé, de son père, dans L’invention de la solitude. Des coïncidences incroyables dont il a été témoin au cours de sa vie dans Le carnet rouge (un de mes préférés, très rapide à lire). De ses différents lieux de vie dans Chroniques d’hiver, plus récemment. Et il y parle de sa femme : Siri Hustvedt.

Siri Hustvedt, je l’ai donc rencontrée à travers le regard amoureux de Paul Auster. Je crois que le premier de ses livres que j’ai lu était : Tout ce que j’aimais. J’y ai retrouvé l’intelligence et la poésie que j’aimais chez Paul Auster. Sauf qu’en plus c’était une femme. Et lorsque j’ai lu Les yeux bandés, l’écho a résonné plus fort. Elle y questionne sa féminité et sa part de violence, toujours de manière étrange, presque dérangeante. Et j’ai lu L’envoûtement de Lily Dahl, Un été sans les hommes

HustvedtOK MAI 2013

Et ses livres plus autobiographiques. Je dis « plus » car, comme Paul Auster, peut-être même plus que lui, la différence entre sa propre vie et ses fictions est souvent fine. C’est, je crois, ce qui me plait tant. Le personnage dans Les yeux bandés s’appelle Iris (Siri à l’envers), elle vient du même patelin paumé du Minnesota, elle a des migraines monumentales. Migraines que Siri Hustvedt analyse dans La femme qui tremble, complètement autobiographique. Et pourtant elle y décrit son corps qui s’effondre, qui se déchire, qui se morcelle, elle romance son rapport à son corps.


Ces deux auteurs me fascinent. Je n’ai jamais un rapport facile à leurs livres, ils me mettent parfois mal à l’aise. Mais dans les deux cas, c’est la part non-fictionnelle qui me plait, la façon dont tout part d’eux. De leur vie quotidienne. Ils deviennent réellement des personnages de mon imaginaire, des personnages que j’aime, que j’admire. Ils sont beaux (non mais Paul Auster sur la couverture de Chroniques d’hiver !!), intelligents, subtils, ils vivent dans les sphères intellectuelles et artistiques de New-York et ils ont le courage de se donner à lire complètement, sans autre pudeur que l’enrobage d’une part de fiction. Le rêve…


7 commentaires

Lobe a dit…

Tu en parles vraiment bien, je ne sais pas pourquoi j'avais un vieil a priori sur Siri Hustvedt, complètement infondé, sorti de nulle part. Alors que Paul Auster, autant je n'ai pas aimé tout ce que j'ai lu (les trois tomes de la Trilogie d'affilée, j'ai trouvé ça un peu trop, sensation claustrophobique comme j'ai pu la ressentir avec 1984 ou La Porte étroite, de Gide), autant il réussit à mettre en place un climat... pérenne?

J'aime beaucoup ces posts, ça fait des fenêtres vers autre chose, ça instille de la surprise.

Charlotte a dit…

J'avais essayé de lire Trilogie new-yorkaise et Tout ce que j'aimais, les 2 conseillés par ma mère, il y a de ça plusieurs années.
Je n'avais pas accroché et m'étais arrêté en cours de route.
Peut-être étais-je un peu trop jeune. Ton texte me donne envie de leur donner une seconde chance.

Clémence a dit…

Merci beaucoup Anne pour ces mots très justes et forts bien choisis. Ca me donne envie de découvrir davantage Auster.
Et je file voir ton blog !

audrey sasha a dit…

whoua c'est trés bien écrit!!!! Je suis d'accord sur le fait que lire un livre conseillé par quelqu'un c'est un peu le rencontrer à travers ses yeux, c'est tellement joliment dit!!!!! bravo!!!!

Pauline a dit…

Je n'ai jamais lu Paul Auster et ai pourtant très souvent croisé ses livres (en librairie bien sûr, mais aussi chez beaucoup d'amis).
Maintenant c'est sûr je vais m'y mettre! Merci :)

Anne (Micheline) a dit…

Oh merci pour vos gentils commentaires !! ça me fait chaud au coeur ! :)
Et je suis super contente d'avoir donné envie à certaines ! Vous m'en direz des nouvelles ! ;)

Fabignou a dit…

Je pense que ce sont mes auteurs préférés, avec Russell Banks, et tu en parles très bien :)
Ce que j'aime particulièrement dans leurs livres, c'est qu'ils restent longtemps en nous, bien après qu'on les ait refermés. Pas forcément l'histoire précise, mais une ambiance, un état d'esprit particulier...
Et la richesse du vocabulaire, l'importance du rythme des phrases, rien n'est laissé au hasard, on sent leur haut niveau d'exigence derrière chaque livre. Bref <3