LOW PROFILE ?

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Julie Delpy / Helmut Newton 



(La mort de Mac Miller m'a tellement brisé le coeur ...)


- Billet écrit d'une traite, sans surmoi et sans relecture -

Bonjour à toutes et tous.

Avant de repartir autour de la thématique de la motivation, je voulais vous faire part d'une petite réflexion que j'avais eue.

L'autre jour je réfléchissais et je me disais, « tiens c'est marrant, les qualités et défauts des gens, ne sont finalement que des points de vue. Qu'est-ce qui est vraiment une qualité ? Qu'est-ce qui est véritablement un défaut ? »

Alors je listais ce que je considérais comme mes pires défauts et j'essayais de leur trouver des avantages.

J'ai pris mes trois pires défauts et j'ai essayé de les regarder par le prisme de l'avantage :

- La colère (ouais je suis pas sûre que dans ce blog cela se voit, mais je suis très colérique) : elle présente l'avantage non négligeable de se protéger soi-même de situations qu'on pense hostiles.

- La peur (ouais j'ai tout le temps la trouille d'à peu près tout, ça serait même intéressant d'en parler parce que sur ce coup là, c'était pas super facile de trouver des "avantages") : Je me mets rarement en danger ... Mais ... ouais y a trop de "mais" je ne vais pas commencer à les lister !

- L'égocentrisme (je t'apprends rien il me semble) : Une connaissance fine de mes émotions qui me permet d'en parler avec les autres et d'y voir des points communs (donc d'une certaine manière une rencontre avec l'autre).

Donc toute fiérote de ma trouvaille ( lol ) je me suis dit que ce qui marchait dans un sens marchait alors aussi dans l'autre.
Si ce n'est qu'une question de point de vue, c'est la même chose pour les qualités, elles ne sont pas "en soi" des avantages pour l'individu.

Laissez moi vous parler d'une des « qualités »  qui me suit depuis des décennies et qui joue sur ma vie en l'influant d'une manière tout à fait particulière et considérable (je pense même que c'est ce qui l'influe le plus) : mon profil bas ou ... mon humilité dirons nous !

Alors on peut se dire qu'égocentrisme et humilité c'est un mélange étrange mais si l'être humain était cohérent ça se saurait.

Ca fait des décennies que, dans mon quotidien,  je JOUE PROFIL BAS.

Je minimise absolument tout ce que je fais (encore faut-il que j'en parle d'ailleurs), allant jusqu'à m'excuser d'être comme ci ou comme ça. Tout ce que je fais à mes yeux, quand j'en parle aux autres "ne vaut pas grand chose". Ou si je réussis telle ou telle chose c'est que dans le fond, cette chose n'était rien.

Ca, ça a des conséquences concrètes sur mon quotidien.
Je parle peu de moi en société (ouais ça ressemble à une vanne dit comme ça vu que j'y passe une bonne partie de mon temps sur le blog à le faire, voire à me répandre sur la question.. ), je trouve toujours que les autres c'est mieux, que ce que j'ai à dire et que ce que j'ai fait est sans importance ...
Tout est bon pour ne pas me prendre au sérieux (d'où mes vannes permanentes et mon incapacité à vivre, parfois, la vie au premier degré ... Or, je suis sûre que ça peut aider de se prendre parfois au sérieux, ça permet au moins de faire les choses avec sérieux )

Je ne le fais même plus dans un souci de modestie, c'est tellement en moi que c'est devenu de l'ordre du réflexe. Et vous vous doutez bien que ça a des conséquences directes sur mon quotidien !

Dans la réussite notamment. Professionnellement parlant (et financièrement) je suis une handicapée. Je ne sais pas faire.
Ben ouais si tout ce qui oriente votre existence c'est de minimiser ce que vous faites, ça pose invariablement problème ...

A l'âge de 18 ans, ma mamie me dit un jour «  Marie, tu ne sais pas te vendre, c'est l'un de tes plus gros problèmes ».
Me vendre ? Quelle drôle d'idée. Et puis c'est vulgaire ... Elle me l'a répété toute ma vingtaine, « Je ne sais pas me vendre » ...
Et puis les autres s'y sont mis aussi. « C'est super ton blog ? Mais t'en retires quoi ? Tu fais pas de pub ? C'est dommage, je suis sûre que tu pourrais vivre de ta passion ....»

Qu'est-ce qu'ils avaient tous ?

Mais putain je te jure j'y arrivais pas ... J'assumais pas ... Est-ce que j'étais ambitieuse ? Est-ce que véritablement je voulais réussir « Ma vie » ? Faire ce qui comptait pour moi, assumer ce que je produisais ? En vivre ?


C'est encore une question sensible pour moi. C'est une lutte constante. Donc oui, la modestie c'est en soi une bonne chose, mais je te jure,  chez moi elle est tellement chronique qu'elle m'empêche de vivre sereinement mes ambitions.

Oui parce que c'est bien toute la complexité de la chose je suis TRÈS AMBITIEUSE. Je l'ai découvert en reprenant mes études.

Mon ambition avait été cachée derrière mon low profile et mes excuses d'être celle que je suis du coup je ne la connaissais pas ... Mais la fac m'a montré à quel point réussir était important pour moi et à quel point c'était un moteur dans mon existence.
Pourtant j'aurais dû me douter, il m'arrivait d'être envieuse (ouais c'est l'un des pires défauts) de la réussite de certaines et certains parce que j'avais le sentiment qu'ils vivaient la vie qu'au fond de moi je voulais vivre. Mais l'envie c'est pas l'un de mes défauts originaux, il est né sur un terrain de frustrations, de désirs non assumés et d'excuses tristes. Et rien que ça c'était l'indice que quelque chose ne tournait pas rond.

Alors ces questions sont encore en work in progress mais j'avais envie de vous en parler ...

Ah oui, j'oubliais, je ne suis pas dupe, derrière cela ne se cache qu'une seule chose  : La peur de réussir ... Ben bien sûr qu'on peut avoir peur de réaliser ce qui compte pour nous si cette réalisation menace ce qu'on croit être notre équilibre.

Je vous embrasse à très vite !

10 commentaires

Anonyme Amande a dit…

"Ben bien sûr qu'on peut avoir peur de réaliser ce qui compte pour nous si cette réalisation menace ce qu'on croit être notre équilibre."

CQFD !!!!!!!!!!!!!!!

Aurore a dit…

Je sais pas comment tu fais pour taper dans le mille, Marie, mais j'aurais pu écrire exactement le même post.
Merci.

Cinna a dit…

je me reconnais vraiment dans ce que tu dis, Marie. Je viens de démissionner de mon emploi et il va enfin falloir que j'arrive "à me vendre". Mais c'est tellement dur que je me demande si je ne vais pas emprunter une voie plus simple.

Merci pour ce post <3

Anonyme a dit…

" Le problème avec ce monde c'est que les gens intelligents sont pleins de doutes alors que les imbéciles sont pleins de certitudes. " disait Bukowski. C'est un peu caricatural, mais il y a du vrai. Je pense toutefois qu'il faudrait nuancer ce propos.

Anyway, ton article m'anime, comme les autres. Le low profile c'est l'histoire de ma vie mais quand je vois qui sont ceux qui son high profile je me dis que le low profile c'est mon snobisme à moi ;-)

Par contre ce snobisme ne me mène nulle part car je reste dans mon carcan. Je crois en fait que je manque de fierté dans ce que je fais professionnellement. Je n'ai jamais été fière de mon taf. Sans doute que je ne corresponds pas à la femme que je m'imaginais être enfant. Alors, j'hésite entre bousculer mon moi ou être bienveillante et accepter qu'au fond de moi je ne suis pas carriériste. Cette dualité en moi me tue !! ;-)
Je me questionne tous les jours, j'avance lentement mais surement.

Sinon Marie tu es une bombe, tu aides bcp d'entre nous, n'oublie pas.

Virginie

Anonyme a dit…

Low profil...AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH
Ce qu'on peut se raconter sur soi, tout de même.

Anonyme a dit…

Merci Marie pour cet article, hyper intéressant, comme toujours.

Je partage l'une de tes "qualités", le low-profile. Je crois que je cultive ce côté - que j'ai toujours considérer comme une valeur positive - en réaction à un trait que je n'apprécie pas chez les autres: la vanité. J'ai tellement la phobie de devenir quelqu'un de "prétentieux", que je verse dans l'extrême inverse.
J'y pense beaucoup depuis quelques mois, et je commence à me dire que ça en devient pathologique, parce que je tends à imposer mon mode de fonctionnement à mes relations, et notamment à mon compagnon. Parfois, je réalise que je ne le félicite pas, parce que j'ai peur que ça encourage sa potentielle vanité. Et je le regarde de travers quand il exprime son contentement.
Je me dis que la patho, en fait, c'est moi, et que peut-être, être fier de soi quand on a réussi quelque chose, et accepter les compliments, c'est pas si grave que ça, ça ne fait peut-être pas de moi une narcissique de l'extrême... Mais savoir où placer le curseur, c'est un exercice compliqué.

Et puis, il y a quelques semaines, on a une conversation avec mon compagnon, on se demande s'il faut ou non dire à l'autre ce que l'on perçoit comme des défauts "graves" chez lui, qui peuvent peser lourd dans notre couple (je te raconte vraiment ma vie là). On conclut que oui, il faut se le dire (même si, à ce moment, j'étais déjà de super-mauvais poil à l'idée de me prendre des briques dans les dents), en se disant que parfois, ce que l'on croit être un défaut de l'autre n'existe pas en réalité, et n'est qu'une projection surgie de nulle part, et qu'en parler permet de recadrer le tir.

Et là, mon mec me sort: "En fait, j'en peut plus de ta modestie de l'extrême". La veille, des amis dont on quittait l'appartement nous avaient proposé de la bouffe à emporter en voyage, des trucs sympas qu'ils avaient fabriqués eux-même. Réflexe de la low-profile: "Ah non, non, gardez ça pour vous, je veux pas vous priver, blablabla...".
Cette histoire est revenue sur le tapis, et mon compagnon m'explique que ce n'est pas forcément une vertu de refuser d'emblée un geste amical spontané pour un prétexte foireux, surtout quand soi-même on n'hésite pas au contraire à multiplier ce genre d'attentions, mais sans laisser aux autres l'opportunité d'y répondre. Et qu'il faudrait surtout commencer à réfléchir au pourquoi de ce besoin de low-profile en permanence, pourquoi considérer comme de la prétention ou de la vanité ce qui n'en est pas toujours.

C'est une anecdote à la con, mais ça a rajouté une couche à ma réflexion.

Voilà. Sur ce, je te souhaite une belle journée :)

Céline D.

clue a dit…

bonjour Marie
alors. Bon. Là, je ne suis pas trop d'accord avec ton analyse.
Ce que tu appelles le "low profile", pour moi c'est juste, encore, toujours, de la peur. Et la "surprise" d'avoir de l'ambition derrière le low-profile, pour moi c'est exactement l'inverse : les 2 sont très liés. Et enfin, surtout, lié à l'idéalisation, qui est le troisième larron de la bande.
Je m'explique. Le principe est assez simple. Ce que tu racontes ressemble beaucoup à ce que je me racontais au début de ma thérapie. Depuis j'ai compris, j'ai pu changer des trucs (ouf!).
D'après moi, ça marche comme ça : je voyais beaucoup le monde en noir et blanc, sans m'en rendre compte, avec beaucoup beaucoup d'idéalisation (la réussite, l'échec, "les gens", "les autres" vs moi, "les études", etc.). Cela crée plusieurs biais : tout parait insurmontable, je paraissais trop incapable, je ne voyais que le résultat final, je voyais tous les autres plus capables, j'avais peur de tout et je me mettais en colère tous les 4 matins, souvent convaincue que j'avais raison puisque je me "connaissais hyper bien".
Bah nan hein. On se connait pas. On croit connaitre, mais tant qu'on ne déroule pas l'écheveau, beaucoup de choses nous paraissent justifiées, logiques, alors qu'elles relèvent de réactions à nos croyances.
En réalité, depuis que j'idéalise beaucoup moins les choses, tout est beaucoup plus savoureux. J'ai moins peur de tout. Je me mets aussi beaucoup moins facilement en colère. Ah oui la colère : le fameux truc que tu crois utile, que tu penses justifié, que tu te dis que ça te protège.... en fait non, ça t'éloigne. De toi, des autres, de tes émotions plus subtiles, de ta boussole. ça crée une personne dont les autres se méfient un poil, donc ta peur repart en flèche puisque tu te retrouves dans des situations qui sont des conséquences directes....
Le vrai truc qui sabote tout, là-dedans, c'est le jugement. Idéaliser conduit donc à juger (les autres, soi-même), à avoir peur sans raison (sans que ta vie soit en danger), à te mettre en colère sans raison (parce que souvent ça vient du jugement).
Moins idéaliser, c'est pas facile. ça demande une grande dose d'humilité et d'apprendre à suspendre son jugement sur les autres et sur soi. On ne sait pas tout. Prendre le risque de penser qu'on ne sait pas, conduit à se prouver de plus en plus souvent que la peur finalement, elle peut aller se faire voir, et que la colère c'est un truc dont clairement on peut se passer 50% du temps.
Du coup je me disais en te lisant : essaie d'arrêter de croire que tu te connais. Surprends-toi en réalisant que plein de fois, tu crois des trucs mais tu en sais rien, et les autres non plus. Ecoute un peu plus ton intuition, beaucoup moins ton jugement.
Le reste, bon an mal an, suivra. ça prend du temps, mais je t'assure que ça vaut tellement le coup!!!

Bises
Clue

Anonyme a dit…

Hyper intéressant et juste mais comme d'hab non ? ��
Je me retrouve dans ce que tu dis, pleinement même , mais je sais aussi pourquoi , je sais quel événement précis m'a rendu comme ça parce qu'au départ je ne l'étais pas, aucun enfant ne possède cette qualité de la modestie ou du low profile, contraire même les enfants ont soif et faim de découverte de progression de réussite et de valorisation . Je le vois maintenant tous les jours avec ma fille qui n'a que 2 ans et demi�� et j'ai eu la chance, oui quelle chance, de vivre de vrais réussites et de vrais échecs pro et perso. Ces échecs m'ont amené a faire un bilan pro et une petite thérapie (petite petite 7 ans qd même �� et j'ai compris pourquoi je n'arrivais pas a dire" je" pourquoi j'ai dormi tant d'années : de la peur? Oui un peu mais aussi un gros manque de confiance en moi, de la honte aussi et en contrepartie une dose énorme d'idéalisation des autres... Mais on peut y arriver comme tout le monde et retrouver l'enfant tonique, vif,fier et plein de vie que nous sommes tous ��
Une piste intéressante : les 5 blessures de l'âme à lire et relire pour soi et dans sa compréhension de l'autre

Merci et bises

Julie a dit…

Bonjour Marie,

Premier commentaire (je crois) sur ton blog, que j'apprécie pour son originalité et tes analyses très réfléchies et bien exprimées.

Je suis aussi très modeste, et cette modestie va de pair avec une grande attente vis-à-vis de moi-même (de grandes ambitions en somme, dont je ne parle pas). En fait, je pense qu'il s'agit d'une posture que j'ai intégrée jusqu'à ce qu'elle devienne quelque chose de quasi-naturel. L'intérêt de me montrer modeste est sans doute que je ne peux pas me prendre de reproches de la part des autres, puisque je me "sous-juge" déjà moi-même, et aussi que je ne déçois pas leurs attentes. J'en suis venue à trouver que les personnes qui "s'envoient des fleurs" ont un comportement déplacé, voire ridicule. Je trouve même que toutes douées qu'elles puissent être, elles manquent d'esprit critique, que je considère comme un trait d'intelligence car il permet de se juger soi-même objectivement. Elles sont aveugles vis-à-vis d'elles-mêmes.

Dans ce jugement sur les personnes non-modestes, il y a en fait une part prépondérante de "croyance", de construction qui me permet de justifier ma propre modestie.

J'en parle parfois avec mon compagnon, qui lui croit nécessaire de toujours "se
réjouir des petites victoires", pour rester heureux. Il n'hésite donc pas à parler de ce qu'il considère comme des réussites. Cela me paraît en effet plus simple et moins tortueux que ma modestie apparente !

Anonyme a dit…

Marie, ça fait des mois et des mois que j’avais déserté les blogs parce que j’ai eu à dealer avec des choses un peu merdiques et que d’habitude l’internet ajoute à mon anxiété. Facebook, les blogs, peu importe, je trouve toujours de quoi alimenter mes angoisses parce que je suis dans l’autodestruction psychique permanente.
Et pourtant ! Après plus d’une pige sans blogs, ton espace est le premier sur lequel j’ai eu envie de retourner... Une Chic Fille est vraiment un espace « safe » et apaisant sur le plan émotionnel.
Je te préfère 1000 fois au Xanax.
Tu as une personnalité extraordinaire et je te souhaite sincèrement la réussite dans tout ce qui te tiens à cœur. Je n’ai pas de solutions miracles pour la confiance en soi et la peur je suis en prise avec les mêmes démons. Et je te remercie aussi de bien vouloir partager tes vulnérabilités avec nous (de manière générale je trouve que les gens ne partagent pas assez de leurs vulnérabilité sur Internet. Je ne sais pas quel est l’objectif derrière cette version édulcorée et parcellaire de l’Experience Humaine 🤷🏿‍♀️).
Et voilà j’ai envie de chialer mais je crois que c’est parce que je suis pas super en forme.
Câlin et encore merci <3
PS: moi c’est ma Papa qui me dit tout le temps que je ne sais pas me vendre ! Je ne sais pas trop quoi en penser. Me vendre pourquoi faire ? 😫
Le fait est que je suis paralysée par l’angoisse et la peur et qu’en plus je suis assez rigide sur certaines questions d’éthique personnelle. Sûrement à mon détriment , mon mode de pensée se met souvent en travers de mon épanouissement émotionnel.
PS2: moi aussi j’ai le cœur brisé par la mort de MM

Sekhmet/Myrnah

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