EDIT 2018 : L'ANGOISSE DU "POWER IS IN YOUR HAND" (19/05/2015)

8 stephen shore

Photo tellement cool de Stephen Shore




EDIT : 

Tout l'été, je mets en avant d'anciens billets qui me plaisent ( en les modifiant éventuellement ).



Vous allez me dire que je suis monomaniaque de la question et je ne pourrais pas vraiment vous contredire.
J'aimerais, malgré tout, savoir quels impacts ont, sur vous et votre moral, les discours crypto-optimistes-auto-volonté qu'on voit de plus en plus se développer autour de nous? (Blogs, sites, magazines...) ?

Je lis des bouquins de développement personnel depuis très très longtemps (j'en parle régulièrement) et suis plutôt sensible, a priori, aux discours enthousiasmants qu'ils véhiculent.

Le premier que j'ai lu développait l'idée selon laquelle il fallait imaginer son "super soi" ( idée et livre repris dans le très réussi film de Ken Loach, Looking for Eric) et se demandait ce que ce "super soi" ferait devant telle ou telle situation.

Il m'arrive encore de penser à ce concept d'hypertrophie méliorative de soi parce que ça permet de voir les choses sous un autre angle et que ça peut booster et mettre une dose de pragmatisme dans ces moments où on a un peu tendance à voir tout en noir.
Mais malgré tout, on ne peut pas nier que le système présente des limites évidentes.

Depuis quelques mois je trouve que les discours "si tu veux, tu peux", "les belles choses arrivent si on le désire vraiment" sont de plus en plus pernicieux et anxiogènes.
Et surtout je les trouve de plus en plus  "simplistes" .

Si au départ il s'agissait d'un coup de boost utile, ça bascule de plus en plus, à mon sens, dans un concept un peu cucul la praloche.

La question du libre-arbitre étant tout à fait relative et les contextes de chacun étant à prendre dans une globalité, généraliser et faire passer pour vérité empirique ce type de raisonnement ne me paraît pas être une bonne chose pour faire avancer le débat et surtout augmenter le bien-être des gens.

Européenne cynique que je suis, je ne peux pas me résoudre à penser de manière tout à fait objective et raisonnée que le modèle de pensée américain de la win est tout à fait cohérent.

Sûrement que le mental et l'envie de réussir influent sur nos comportements mais estimer qu'ils sont suffisants me parait un peu léger quand même.
Ils désengagent des paramètres plus grands que l'individu, les systèmes - la famille, l'état, la société, le groupe, les différents environnements - dont on sait qu'ils ont une influence réelle et le laisse seul et angoissé avec sa vie, sa réussite, ses moyens, son histoire... Ce qui aboutit, inévitablement à un frein important:  une immense culpabilité face à un hypothétique ou réel échec.

La mise en avant de la toute-puissance de l'individu de manière aussi simpliste, sans grille de lecture et avec comme seuls compagnons la volonté et l'envie aboutit, dans la plupart des cas à un échec.

On pourrait comparer cela aux régimes : si ça ne marche pas ce n'est pas forcément de la faute de l'individu qui s'y ai mal pris mais c'est parce que le système est foireux en lui-même.

Un jour alors que j'étais chez Decathlon pour acheter une combinaison de plongée je me lamentais sur mon corps qui n'y rentrait pas. J'avais beau changer de taille, prendre plus grand, ça baillait à certains endroits boudinait à d'autres. Trop de ventre, pas assez de sein, cambrure excessive.
L'explication qui m'est venue dans cette cabine d'essayage pour justifier ce qui se passait c'est que  mon corps n'était pas normal : pas assez féminin dans ses courbes, trop par endroits pas assez à d'autres.
J'appelle mon ami Karim et lui raconte cette histoire.
Il m'écoute attentivement et sans jugement aucun et me sort cette phrase, "c'est marrant toutes mes potes trouvent que leur corps n'est pas assez féminin... Quand elles essaient des nouvelles sapes et que ça ne va pas, elles pensent toujours que le problème c'est leur corps, jamais les fringues. Alors que le problème c'est bien la coupe des fringues qui sont faites pour des filles irréelles et qui ne sont pas la majorité".

Sa phrase m'a immédiatement fait réfléchir... tant que je pensais que c'était mon corps qui était inadapté, je ne voyais pas que le vrai souci, c'était les fringues (mais ça vaut pour plein d'autres trucs). Qu'elles soient ou non le problème n'est pas la question, la question c'est de savoir pourquoi je pense, de manière automatique, que mon corps (ou plus généralement moi) est le problème dans ce cas.
Parce que derrière ces discours là, il y a l'idée que tout est de ma faute et même ce qui échappe à ma directe responsabilité.


Il y a des contextes favorables à l'épanouissement, à l'ambition, à la volonté, au travail et à la confiance en soi. Le nier c'est mentir et bien qu'il existe des contre-exemples on ne peut, honnêtement, les considérer comme la normalité, ils restent des exceptions.

Il ne s'agit pas de dire qu'il faut être une victime et reposer son système de pensée sur cette donnée en se disant que c'est nul la vie et que ça pue dans ses fesses rapport qu'on n'est pas née avec certaines facilités mais intégrer ces éléments permet d'aborder ces choses-là (ambition, rêve, volonté...) sous un prisme plus juste et plus singulier et nuancé.

Notre fonctionnement propre n'obéit sûrement pas à ces discours abstraits teintés de bons sentiments et à la profondeur très relative.

En ce qui me concerne, je n'analyse pas ces données de vie comme des données définitives mais comme des contraintes ou des facilités. Basiquement le principe du "points forts / points faibles".
J'envisage ma progression, mes rêves et ambition avec ma propre grille de lecture et lucidité sur ce que je suis.
Dans un premier temps, analyse des forces et des choses plus "freinantes" et dans un second temps mise en place des éléments en fonction de ce que je suis. Pas de mon idéal fantasmé ou de ce que je crois être la norme (elle n'existe pas) mais bien de la réalité du moment (ici et maintenant my fucking new mantra dont je vous ai déjà parlé).

Je ne dis évidement pas que c'est le système parfait, ça bouge, mais je souhaite vraiment sortir de cette pensée binaire et inefficace du "le vouloir pour le faire...".

C'est vrai que je décline beaucoup ces thématiques ces derniers temps mais ces choses me passionnent vraiment alors je suis locace.

Si vous avez des pistes, je serais ravie d'en savoir plus sur ce que vos expériences vous ont appris.

Bisous smack et bonne journée


3 commentaires

Elodie a dit…

Et bien merci! Merci de faire remonter de billet, qui résonne tellement en moi! Je supporte de moins en moins ces injonctions qui enfoncent des portes ouvertes et fleurissent absolument partout dans mon feed Instagram (je n'ai plus FB, ni Twitter, ni autre...). Comme tu le dis si bien, je trouve cette philosophie terriblement anxiogène et culpabilisante, en tous cas ce sont les deux sentiments que cela fait naître en moi. J'essaie donc de m'en détacher, mais je trouve vraiment difficile d'en faire abstraction ou de prendre du recul face à un tel "matraquage" qui se rappelle à moi quand je fais cette constatation : Je veux, je m'en donne les moyens, mais je n'y arrive pas!!!

lenna a dit…

merci Marie pour cet article. j'ai pensé que cet article t'intéresserait https://www.slate.fr/story/166196/societe-happycratie-bonheur-developpement-personnel-pensee-positive
belle journée,
lenna

Sidonie a dit…

OK je vais sans doute etre longue et brouillonne, pardon d´avance .
Pour moi le probleme n´est pas le "developpement personnel" en tant que tel, mais les objectifs irrealisables qui y sont souvent associés.

Je pense que le "developpement personnel" est un des buts de ma vie, si on entend par là : se connaitre soi-meme et etre indulgent, apprendre a prendre les bonnes decisions pour soi, vaincre ses peurs, mieux interagir avec les autres, eduquer mes enfants, m´eduquer moi-meme, etre plus discipline etc.
Quoi faire sinon du temps que nous avons sur terre ?

Par contre, l´idee selon laquelle le "bonheur" s´obtient par la seule force de la volonté est selon moi inexacte :
- le bonheur est un etat par definition fugace et mouvant
- les "ameliorations" qu´on peut attendre d´un travail sur soi sont reelles mais tres lentes et difficiles à obtenir. C´est une politique des "petits pas".

Tout cela est en plus mixé avec une conception completement fausse du bonheur destinee a faire vendre (etre heureux = avoir un corps de magazine ? etre chef d´entreprise ? etre millionnaire ? vraiment?). Ces objectifs sont irrealisables car ils dependent d´une infinité de facteurs indépendants de toute volonté (santé, famille, société dans laquelle tu vis, argent a disposition, personnalite, intelligence, chance etc.). Mais c´est inevitablement ce qui arrive quand un concept est récupéré pour faire vendre ( faire vendre, on le sait = creer de la frustration chez les gens).
Le meme phenomene s´est produit avec la culture minimaliste. A la base, vivre avec moins de trucs pour moins dépenser et etre plus respectueux de l´environnement = super concept. Malheureusement, le cminimalisme a été parfois utilisé pour inciter les gens à adopter des comportements contre-productifs comme par exemple : "je jette mes 10 paires de bottes en bon état car aucune n´est "parfaite" et je me mets en quete de la paire ultime qui correspond exactement à mon style et mon mode de vie et que je suis prete a payer très cher".

Enfin, le "developpement personnel" a certainement des résultats concrets, mais il ne se mesure pas uniquement en terme "matériel". Bref, "le but est le chemin"
Bonne journée à toutes

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