Il y a un moment dans ta vie qui t'envoie, comme ça, dans un drôle d'endroit. Un endroit dont tu connaissais certes l'existence, tu l'avais vu de loin, mais aussi un endroit aussi dont tu étais sûre qu'il n'était pas fait pour toi. Toi, tu n'irais, pensais-tu, jamais là-bas.
Cet endroit là, ne te concernait pas.
Toi, tu allais vivre tes rêves, tu aimerai absolument, tu serai aimée pareil, tu te marrerai chaque jour, tu serai une bonne amie, une bonne fille, une bonne amoureuse. Pas question de se laisser dévorer par la peur, le ressentiment, la colère. Les déceptions, les coups durs, les errances, les trahisons, les doutes, c'était pour les autres. Toi, tu ne regardais que le ciel, le projet de ta vie était très clair, chaque jour tu serai meilleure que la veille. Parce que la vie ça ne pouvait être que ça.
Retournons à ce moment, ce moment où toi, tu te retrouves dans l'endroit où il y a déjà beaucoup, beaucoup de monde. Tu as grandi et tu découvres, avec une pointe d'agacement face à ton manque évident de hargne devant cette morosité, que tu as cédé. Que tu n'es ni pire ni meilleure que les autres.
Tu trouves toujours la moindre excuse pour ne pas faire ce qui est vraiment important pour toi, tu te laisses gagner par la peur pire, gouverner par elle. Certains de tes amis sont devenus chelou, l'amitié vingtenaire a laissé la place à une sorte de mélange entre éloignement et néant. Le mec qui était ton tout est devenu un rien...
Et toi t'es là, délestée de toutes tes certitudes, à poil à te dire que merde, ils t'ont eu toi aussi.
Tu te mets alors à penser que l'amour c'est pas pour toi, que la trahison est partout, que jamais tu seras bien, qu'il est temps de renoncer à tout ce qui est grand, parce que toi et ta vie, vous l'êtes pas du tout. Tu n'as de toutes façons, jamais eu les moyens de tes ambitions. Et puis t'es pas toute blanche non plus, toi aussi il t'est arrivé de déconner, de mal te comporter. De toutes façons, du haut de ton inexpérience la plus totale, tu te pétris de certitudes absurdes qui te semblent pourtant évidentes. Vraies. Inévitables.
C'est à ce moment que tu sors ton arme sociale magique, celle que tu fais systématiquement passer pour de l'esprit, j'ai nommé, le cynisme.
Tu es rassurée, les gens comme toi, de ton âge, aux vies quasi similaires, ils font exactement comme toi, ils rendent tout cynique, ils mettent tout à distance pour ne surtout, plus jamais, avoir le coeur pété.
Ca marchouille comme ça un certain temps pour toi avec tes congénères. Mais le problème avec le cynisme, c'est qu'il met tout à distance, même ce qui est important. Tu as l'impression de passer à côté de tout, tu souffres moins, c'est indéniable, mais tu ne vis qu'à moitié. Tu te demandes si c'est vraiment l'idée du siècle de se cacher comme ça toi et ton coeur?
Alors petit à petit tu te radoucis, tu te demandes si c'est bien de faire comme ça, tu te dis même que peut-être, c'est triste de plus croire qu'il va t'arriver un truc beau et un truc grand sous prétexte que tu t'es plantée quelques fois. Ok, plein de fois mais qu'est-ce que ça change au juste? Peut-être qu'un homme c'est quelqu'un qui se trompe ou un truc comme ça.
L'idée de se relever encore et encore (
oui parce que tu vas encore te casser la margoulette, c'est sûr) t'est presque insupportable.
Finalement tu te la poses la question la plus importante: Est-ce que se casser la margoulette, c'est si grave que ça?
Le cynisme ça craint. Ca craint vraiment. J'ai passé une bonne partie de ma vie à faire exactement comme si rien ne me touchait jamais. J'ai passé une bonne partie de ma vie à faire comme si ce que je ressentais vraiment fallait pas le dire, comme si c'était un peu sale. Comme si c'était une preuve de faiblesse. Sauf qu'un jour, comme ça, sans raison, j'ai commencé à chouiner. Les larmes coulaient toutes seules et pour un rien. Ca m'a fait bizarre mais je crois que je pouvais plus être encore autant en contrôle.
C'est drôle de voir comme la distance, la froideur sont devenues des sortes de "vertus sociales", des armures face à l'autre.
C'est drôle de voir comme la sensiblerie, le coeur qui se serre devant E.T, les larmes qui montent quand tu chantent "Mon petit vieux" de Camille, le plaisir infini quasi palpitant de voir le ciel, l'océan, toi petit devant tout ces trucs trop grands sont devenus des choses qui te reconnectent contre ton gré à ce que tu ne voulais plus.
C'est pas qu'une histoire de "Dieu", mais c'est aussi un peu ça, quelque chose d'au-dessus en tous cas. Quelque chose qu'on doit croire pour dépasser ces choses là. Parce que le problème il est là, dans le fait de "croire". Croire à la crasse ou croire à la lumière.
Il est possible de revivifier un coeur pété. Il est possible de croire que ce qui va nous arriver ça va être bien, tout ne sera pas bien bien sûr, mais tout ne sera pas mal non plus.
Faire confiance quoi...
Je vous embrasse et vous dis à demain.
Et aussi, merci de me lire chaque jour.
(Ce post a été écrit en écoutant en boucle, La Ritournelle de Sebastien Tellier)