Vous êtes chauds là?
Le titre de ce post n'est en rien une imposture, on ne va pas titiller le glamour et la grâce, vous voilà prévenus.
On va parler de sport. Vous noterez que c'est un peu la mode en ce moment et que je ne suis pas la première à le faire (
il y notamment eu Garance qui nous a raconté son amour du yoga).
J'ai moi aussi repris le sport. J'ai pas pris le sport vu que c'est une vieille histoire lui et moi, non, j'l'ai repris. Et pas forcément de gaieté de coeur.
Alors laissez moi vous parler de galère, de transpiration et surtout de l'orgueil de l'ex-sportive qui n'a pas voulu admettre que le temps passait pour tout le monde.
Le jour de mes 7 ans, ma mère m'a dit "Marie, t'es grande maintenant, tu rentres en CE1 et il est temps que tu fasses du sport".
Bien emmerdée, je ne savais pas du tout quoi faire. Du sport? Mais quel sport? Merde. J'étais vachement surprise, ma mère c'est pas le genre de mère à imposer des trucs, mais sur ce coup là, j'la sentais pas d'humeur à transiger.
Je lui dis que je sais pas quoi faire, elle me répond que le mieux est probablement d'essayer.
Bonne idée, tiens, mais je ne sais même pas si je veux faire un sport toute seule ou un sport collectif.Pour m'aider, ma mère me dit qu'elle, elle faisait du basket et comme elle connaît plein de gens au club, ça pourrait être un bon premier pas, au moins, je serais pas perdue.
Je ne me suis pas vue imposer le basket par ma mère, si ça ne m'avait pas plu, j'aurais fait de la GRS, ça aurait été pareil, j'en suis sûre.
La seule contrainte était de faire du sport, il n'y avait pas de précision.
Il se trouve que j'ai eu un coup de coeur immense pour le basket.
Le premier entraînement terminé, ma mère me demande "Alors, t'as bien aimé?".
Moi, dégoulinante, rouge (
j'ai le sport rougeaud, ça n'a rien à voir avec mes possibilités physiques) lui ai dit, en toute simplicité "ouais, j'en ferai toute ma vie".
J'ai menti.
J'en ai fait 15 ans, des heures et des heures toutes les semaines, considérant que le ballon orange, ma course, l'équipe et le panier étaient les choses les plus importantes au monde.
Le sport, c'était une évidence, la question ne se posait pas.
Evidemment, mon corps d'avant vingtenaire sportive était un véritable avantage. Pas un avantage du type, je suis trop bonne, non, n'exagérons rien, un avantage du type, mon corps n'est jamais un problème. le complexe n'existe pas, le corps est une pensée fluide, jamais butante. Il suit le reste, ne freine rien.
Ca ne dure pas, je ne le savais pas encore.
Arrivée à la fac, je change de vie, de ville, fais la fête, sort avec mon amoureux, suis moins dispo pour mon équipe et puis, ne nous voilons pas la face, je faisais du basket parce que j'aime la compétition, la vingtaine pour les jeunes sportifs est un âge clé, si t'as pas encore percé, c'est chaud.
En plus le sport que je faisais n'était pas le football et, de surcroît, j'étais une fille. Bref, il fallait trouver, vite une carrière alternative.
J'ai choisi la clope, les sorties, la fac, l'abandon de la rigueur, et roule...
Ayant commencé le sport très tôt et le faisant pratiquement tous les jours, je ne m'étais jamais limitée dans ma prise de plaisir. Je parle de bouffe hein!
Je mangeais énormément, sans que ça soit jamais un problème. Peu de temps après avoir arrêté le basket, j'ai arrêté de fumer.
6 mois. 10 kilos. Vite essoufflée, je me demandais bien quel était l'intérêt de l'arrêt du tabac? Si c'est pour être moins en forme, hein, à quoi bon? Oui parce que je faisais le lien avec l'arrêt du tabac, pas avec celui du sport. Étrange esprit.
Je les voyais pas vraiment mes 10 kilos en plus, j'avais toujours été très mince, mon cerveau avait imprimé cette silhouette et c'était plus le regard des autres qui m'a mis la puce à l'oreille.
Bon, évidemment, mes fringues ne m'allaient plus, c'était pas la fête. C'était pas pour ma santé que ça me posait problème, il n'était que question de vanité.
Et puis surtout je n'avais plus rien d'une sportive, mais je restais convaincue que je le serai toujours, il suffisait simplement que je le décide.
VANITÉ ON.
Deux ans plus tard, je refume, je reperds tout le poids pris. Je suis hypocondriaque, j'ai peur du cancer, je veux arrêter de fumer mais je me méfie un peu. Toujours cette histoire de vanité. Je sais c'est tout pourri la vanité, mais que voulez vous, il vaut mieux considérer ses failles avec tendresse plutôt que de n'y voir que les preuves d'un esprit creux.
Il parait que c'est beau de s'accepter peu importe ses variations et ses complexes... Certes, mais si on arrive pas? La jeune vingtenaire arrogante et sculptée que j'étais, était très vexée.
J'ai refumé comme ça, ne prenant pas de kilos mais me réveillant chaque matin avec la sensation dégueulasse de poumon froissé. J'avais horreur de ça m'en voulant chaque jour un peu plus de gâcher mon corps avec des conneries pareilles.
J'ai arrêté de fumer un peu par hasard. Je savais que malgré mes efforts, j'allais grossir. Je le savais. Ca n'a pas loupé. Mes slims étaient chaque jour un peu plus slims.
Mais arrêter de fumer c'est aussi commencer à ressentir les possibilités physiques de son corps. Ca me manquait terriblement.
Mon orgueil d'ex-sportive de haut niveau me disait que je devais refaire du basket là où je l'avais laissé.
Mais physiquement, j'étais limitée.
Il fallait d'abord que je refasse un vrai travail cardio. Course, piscine, vélo, des trucs qui me réhabituent doucement à l'effort. Je m'ennuie un peu, j'ai jamais aimé le sport pour le sport, j'aime avoir des objectifs à atteindre.
Et puis, l'orgueil me fait aller trop loin et trop vite, au bout de 2 semaines après un rythme trop extrême pour une reprise, je me démoralise.
PUTAIN.
VANITÉ OFF
Je commence à réfléchir, à me dire que la clé, comme avant, comme toujours, comme pour tout, c'est LA DISCIPLINE. Y a pas de mystère, c'est comme la clope, tu te réveilles pas un matin en te disant, "je suis enfin chaud patate truc de ouf, pour préparer un marathon".
Non comme tout le monde, il faut que je me chauffe et surtout que je me force. On a rien sans rien. J'suis mal dans mon corps, mal avec mes efforts que j'arrive pas à faire, très bien, au lieu de me plaindre, je fais.
Je me refuse à reprendre le sport avec quelqu'un. Il faut que moi je m'y remette seule.
Pour moi ça a été une clé, on dit qu'il faut avoir un pote pour faire du sport avec régularité, en ce qui me concerne c'est faux. La discipline ne se partage pas, au contraire. Si c'est juste pour faire genre et ne pas décevoir l'autre, on se trompe d'objectif.
J'ai regardé la réalité en face: JE N'ÉTAIS PLUS UNE SPORTIVE.
Qu'importe mon passé, c'était résolu et il était temps de passer une autre chose.
J'ai repris en douceur et j'ai repris dans de la nouveauté.
J'avais plus de 30 ans et n'aurai plus jamais le niveau physique au basket que j'avais, pour ne pas me démotiver, je devais tourner la page et faire autre chose.
J'ai choisi le footing, le plus pratique. J'ai cherché un programme pour débutants (
ici pour ceux que ça intéressent).
Et je m'y suis tenue, je n'ai pas grillé les étapes et ai laissé tomber toute forme d'orgueil.
6 semaines plus tard, je courrais 30 minutes 3 fois par semaine. J'étais fière.
J'ai commencé cette année les cours de sport en salle. Je réalise un grand fantasme, celui de faire un peu de danse, c'est à l'opposé de tout ce que j'ai pu faire, ces salles féminisées au possible étaient le contraire de ce que je pensais être du sport.
Je m'y amuse beaucoup.
J'y vais tous les jours... Même les jours où je ne veux pas (
1 jour sur 2 quoi!), je ne me laisse pas le choix.
Je m'y galère aussi beaucoup, mais le plus important c'est que je ne lâche pas.
Il n y a de miracle pour rien.
Je vous embrasse.
Les photos sont extraites d'un vieux Jalouse, le numéro 85 de Novembre 2005.