LES CATÉGORIES...J'ai été élevée dans une famille très traditionnelle de l'enveloppe. Je m'explique.
Ça a commencé avec ma ville. Mon environnement premier n'était pas ce qu'on peut appeler une ville où les excentricités de chacun pouvaient vivre ensemble, dans une grande tolérance avec des pâquerettes en couronne et des colombes immaculées sur l’épaule. Adolescente, quand j'expérimentais ma silhouette, j'étais reluquée comme une clocharde parée de 2 ou 3 guenilles trouvées dans le grenier de sa tata Lulu. C'est pas que ça me dérangeait, j'en ai déjà parlé, en revanche ce qui était certain c'est que je ne partais pas dans les meilleures dispositions possibles de construction "saine" de soi et de mon image.
C'est ma mère qui a changé mon rapport à tout ça, qui a changé mon rapport au quand dira-t-on. Jeune femme, célibataire, travaillant avec un enfant à charge, elle était diablement rock'n'roll. Vaguement féminine, vaguement masculine quelque chose qui détonnait avec des Stan Smith aux pieds et une coupe de cheveux exclusivement Dessange sur la tête.
Même si je n'avais rien de son look, elle m'a donné la possibilité d'être autrement. Elle se moquait gentiment de mes looks aléatoires, mais m'a juste permis de m'affirmer et de surtout m'en contrecarrer de la vie, des autres et de ce que ces autres pouvaient bien vouloir comme "beau" et "bon" pour moi.
Le reste de ma famille n'était pas forcément si ouvert à la "différence" et aux silhouettes autres.
Seules les minces pouvaient porter ce que bon leur semblait. Mais pas à tout âge, attention, ça serait trop simple sinon. Au-delà de 35 ans, la robe courte et moulante était apparentée à une preuve flagrante de "garcerie" du caractère... Une grosse gourmande quoi!!! Les cheveux longs c'était pareil, jamais au-delà de 50 ans... Pourquoi? Aucune idée...
Les filles plus enrobées, elles, dans mon environnement proche n'avaient pas cette liberté. Elles, elles devaient cacher leurs chairs, sous prétexte de la décence, du bon goût et du bien... Et de la grosse connerie surtout.
Me baladant sur les marchés, j'entendais ma mamie traitait toutes les "grosses" qui passaient en disant "que c'était moche. Que ça ne savait pas se mettre en valeur".... Se mettre en valeur de quoi? Ça voulait dire quoi exactement dans la bouche de ma grand-mère se mettre en valeur? Je n'ai toujours pas la réponse aujourd'hui.
La mode et la composition de silhouettes, si elles sont une manifestation artistique de soi (
oh ben l'autre elle s'emballe...), ne répondaient à aucun critère qu'on tentait de me faire comprendre.
Je ne voyais pas en quoi la minceur était plus harmonieuse dans le moulant que les formes plus expressives... Parce que, au bout du compte, je ne trouvais pas que la minceur pouvait justifier les vêtements prêts du corps. J'avais 13 ans, pas de seins, pas de hanches, grandes jambes, et je ne trouvais pas que me coller des jeans rendait mieux sur moi que sur ma copine Suzanne avec ses formes qui affolaient les garçons.
Le corps et ses courbes, ou ses plats, ne sont pas des critères esthétiques suffisamment fiables pour permettre à un individu de s'habiller. Sinon on va vite s'emmerder...
Je pense que la taille d'une fille ne délimite pas sa longueur de talons... Sinon je porterais des talons toutes les journées que je passe sur Terre et ma copine Lili ne porterait que des ballerines, voire des tongs pour pas trop se faire remarquer... Super rock’n’roll cette histoire. Oh ben v'là l'état de la mode...
Mais heureusement pour nous, il y a tout le reste.
Dire que l'on comprend ce qui NOUS va ne concerne pas notre enveloppe. Cela concerne l'habillement de "nous". Alors je ne vais pas aller jusqu'à l'âme, ça serait légèrement too much, mais c'est le propos en fait. Je m'habille parce que j'aime comme je suis fagottée comme cela. Ce n’est pas plus compliqué que ça.
J'ai un peu de bide, mais parfois je me moule du haut, et il m'arrive de kiffer. Certes ce n'est pas plat comme Gisele, mais je m'en tape. C'est ce que j'aime là maintenant...
Ma copine Mag a le corps le plus affolant que je connaisse. Bien évidemment qu'elle se trouve trop grosse, c'est une fille abreuvée de platitude environnante, mais ça ne l'empêche pas de mettre du supra moulant et de dévoiler tout ce qu'elle a. Elle est divine...
Et too much avec ça, ma mamie détesterait. Sauf que ma copine a le caractère enflammé, alors ça se traduit par du léopard, des talons immenses sur son mètre 80, des décolletés indécents... Et il faudrait lui demander de se faire discrète... Pour qu'elle ne puisse pas montrer sa lumière aux autres. Même pas en rêve... La mode, ça ne sert pas à cela, sinon on se serait vraiment tous gourer. La mode c'est se faire beau... Quelquefois il y a des ratés, certes, mais on s'en fout, ça vit au moins. Et ça ne peut pas vivre de la même manière sur une fille ou sur une autre.
La mode devrait évoluer un tout petit peu, parce que là ça vire presque réac vieux con.
La new modasse so early 2010 devrait laisser les carcans esthétiques aux fourmis et affirmer que ses goûts, persos à elle, ne sont en aucun cas une équation mathématique.
D'abord qu'elle laisse l'autre, faire bien comme il veut. S’il veut se mouler qu’il y aille. S’il veut prendre ses aises du jeans, libre à lui… S’il veut être encore plus grand, plus voyant, plus flashy, plus vinyle, et bien qu’il se lance le bougre…
Et puis qu'elle ne fasse pas trop la maligne avec ces impressions qu'elle a de "je sais ce que je dis... Attends la mode, je sais de quoi je parle...". Ouais bref, t'en sais pas plus que moi quoi!
La mode, c'est ce que l'on porte, ce sont les autres qui sont démodés, non?
Et surtout qu'elle ne prenne pas le critère trop évident de l'apparence pour affirmer ce qu'il faut ou ne pas porter. Qu'elle n'essaie même pas d'estimer ce qui est agréable à l'oeil ou pas en fonctions des seins, hanches, ventres, cuisses et dos de l'autre. Un peu trop fastoche du goût cette histoire?
La new modasse elle est… Comment on dit déjà ? Ah oui, tolérante de la silhouette… Et surtout elle n’est pas… Comment on dit déjà ? Ah oui certaine que son goût c’est trop le meilleur… Parce que le prosélytisme c’est un peu tout pourri…
Et je ne sais pas pourquoi mais l'évidence, j'ai une nette tendance à trouver cela vulgaire...
Voilà, je m'affranchis des carcans familiaux mais pas que... Juste c'est chiant à force... Ça m'ennuie. Et puis ça n'évolue pas beaucoup cette histoire... On a qu'à dire que ça change. Pas juste comme ça en surface, non que ça change vraiment...